UNE NOUVELLE UTOPIE 393 le fardeau du travail en était augmenté, l'appétit du (( Marché du Monde » croissait à mesure qu'on lui fournissait des aliments. On ,( ouvrait » de nouveaux pays à la (( civilisation » on s'introduisait chez des <( sauvages » sous prétexte d'y supprimer un esclavage - moins dur que l'esclavage commercial ou pour y porter une religion - à laquelle ses apôtres ne croyaient plus - on envoyait des .aventuriers sans scrupules pour ,( créer » des marchés nouveaux. Ah I ce sont d'étranges histoires que celles-là, depuis l'époque où le gouvernement anglais envoyait des couvertures infectées de petite-vérole comme présents de choix à des tribus gênantes de PeauxRouges, jusqu'aux jours où l'Afrique était infestée par un nommé Stanley. Qµant à la qualité des objets fabriqués, peu importait. lis étaient faits pour la vente, non pour l'emploi, et les meilleurs ne valaient par grand chose. Ce qu'on savait faire alors, c'étaient les machines destinées à la fabrication de ..:es objets. Aussi. peut-on dire du XIX• siècle que tout ce qu'il produisit ce furent ces machines, merveilles de science et de patience, avec laquelle on faisait des objets inutiles et sans valeur. Nous ne faisons à présent que les objets dont nous avons besoin, et nous travaillons pour les autres avec le même soin que pour nous-mêmes. Tout ce qui est ennuyeux ou pénible à faire à la main. nous le faisons avec les machines « immensément perfectionnées » le reste est fait à la main,et ce travail nous est devenu un exercice d'esprit et de corps en même temps qu'un plaisir à mesure que l'on devenait plus habile. En réalité nous ne craignons pas non plus la disette de travail, chacun cherchant la perfection dans tout ce qu'il fait, mieux encore, l'art, en tant de choses. Et l'art comme la science est inépuisable. D'ailleurs il y a des pays, autrefois entièrement gâtés par le système de la production à bon marché - ce qui fut les Etats-Unis d'Amérique, par exemple - qui nous donneront encore longtemps de quoi travailler, améliorer, réparer. Ayant ainsi retracé daQS ses principaux traits l'état social nouveau, le vieillard parle ensuite de ce qu'il appelle ,( la phase stérile du Socialisme d'Etat » et de la période révolutionnaire d'où est sortie la solution définitive. - Comment de si grands changements ont-ils pu se faire, demande l'hôte, est-ce paisiblement ? - Paisiblement ! Comment était-..:epossible, après la misère du XIX• siècle? L'espoir de réaliser une société communiste s'était éveillé il est vrai à la fin du siècle, mais le pouvoir des classes élevées était si grand que cet espoir semblait un rêve. Et même les hommes les plus éclairés d'alors, qu'on appelait socialistes, n'en voyaiênt pas le
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