La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

378 LA REYUE SOCIALISTE Prol"idence : la Société actuelle, reposant sur les bases les plus justes, ne saurait être améliorée. n Et M. de \"yzewa ajoute : « Cette consolante opinion, énoncée par ;\I. Thiers, en 1850, dans un Rappo,-1 su,- l'Assistance publique, a beaucoup perdu de son autorité. Il n'y a pas jusqu'aux professeurs <l'économie politique qui n'hésitent désormais à la soutenir. Ceux ù"entre eux ·qui ne sor,t pas devenus franchement socialistes, et qui restent fidèles aux traditions des Ricardo et des :\lac Culloch, ceux-là mèmcs n'osent plus affirmer al'cc leur assurance de naguère, l'origine naturelle de la propriété, la nécessité de la misère, l'infaillible excellence du laissez-faire et du laissez-passer. » Pourtant, l'opinion définitive de l\l. de \Yyzern, rédigée en forme de conclusion, se formule ainsi : « Je ne crois pas que les socialistes arrivent jamais à obtenir ce qu'ils réclament; et je ne crois pas non plus qu'on réussisse jamais à faire cesser leurs réclamations. Indéfiniment condamnée à l'insomnie par l'éclat de leurs cris, la Société continu~ra inùéfinimcnt à maigrir et à s'étioler, comme font les gens pril'és de sommeil. :\lais, à cette lente anémie qu'ils auront causée, les socialistes ne gagneront pas autre chose que la satisfaction de l'al'oir causée. » ~·est-ce pas un peu dire aussi que la misère est une condition inél'itable dans le plan général de la Prol'idence ·? Le changement, c'est que ]'écrivain de ces pages très déliées, très légères, n'a pas les sentiments de dureté conserrntrice et les affirmations nettes de ;\I. Thiers. li est, lui, un lettré sceptique, promenant son dilettantisme à tra,·e,·s les diflërentes couches sociales, racontant ce qu'il a l'U ou ce qu'il croit avoir vu, ce qui est tout un, et n'hésitant pas, comme on 1•ient de le voir, à se montrer contr·adictoire, tour à tour critique.acéré, railleur·, ou indifférent. D'un tel état d'esprit, il est permis d'inférer que le présent livre constitue un renseignement précieux. On peut le lire, de la même manière que J\I. de \\'yzewa a regardé le monde socialiste, avec des yeux clairs, amusés par la personnalité nuancée qui se meut discrètement entre les intentions de ces phrases brèves, Tout d'abord, une constatation sur la mise à la mode socialiste des classes fo·igeaotes, çà et là. J\1. de \Vyzewa se refuse à l'oir dans ces engouements bourgeois, impériaux, ou catholiques, la preuve d'une conversion produite par l'idée de justice. Il y l'Oit, au contraire, le signe d'une alarme générale, d'un désir de retarder, sinon d'arrêter la marche de ce mou,·ement de revendications qui se manifeste dans l'Europe entière, - et ceci n'est pas fait pour rendre bénévoles et cràdules les troupes du socialisme. Il est vrai que l'écrirnin, à telle page de son line, croit seulement à l'action des chefs, aux grandes influences individuelles, ce qui augmenterait, par moments, les chances de réussite de l'armée populaire, mais diminuerait singulièrement ces mêmes chances dans l'ensemble des él'énements et dans la durée du temps. L'individu, en etfet, joue un rôle important dans l'histoire de l'humanité, par la force de son instinct, par sa manière d'être intellectuelle.

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