La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA RE\"UE SOCIALISTE Autre inconv<'nient ùu sal:iirc aux pièces: • En fai•ant travailler à domicile. le pat!'0n n'a pas à C"1·aind1·lea coalition. les grèves de ses ouvriers qui se connaissent à JJeinc et qui, isolément, sont forcés et contraints d'accepter toutes les conditions qui leur sont faites. » \'oilà la thèse rhns toute sa fo,·ce. M. Bertrand cite à l'appui des exemples qui ne paraissent pas avoir grnnde valeur. JI e,t facile de ,·oir que il. Bertrand, comme tous les socialistes. n'envisage qu'un rùté d'une question qui est complexe. Le 1..atron n'est point le maitre d'éleve,· ou d'abaisse1· les salaires. li est réglé en CP.lapar une double loi: l' la dPmande et l'offre de ses ouv1·icrs: 2' la demande et l'offre de ses pro,luits. :Si, Jps ouvriers étant rares, le patron voulait baisser le pl'ix de l'unité de trnl'ail. sous prétexte qu'ils gagnent t,·op, t'Omme ces ouvriers l'aumient bientôt en,·oyé pl'omenel' ! li peut, il doit même al'river que le tl'avail aux pièces augmentP- la rétribution ries ouv,·iers; cette augmentation les stimule à tl'arn1llc1· quelques heures de plus pour accumule!' de quoi s'établi•·; en mt'•mc temps cette augmentation attil'e de nouveaux bras dans la profession ainsi favol'isée. ,lloi·s le ma,·ché s'encombre, les p1·ix des p,-oduits /missent d le z,at,·rm, non pas arbitrail'ement et pou1· son plaisir, mais pai· nfressité, est bit-" o/J/igé de ,·édui,·e le taux lie rétribution de ses ouvrie,·;, et t,uhnt1 ct'en congàlie>· une ?Ja1·lze. Et les socialistes ont par suite absolument raison de se prononcer contrc cc moue ùe tra mil. .'\lais .\f. Roux el ne se proposait-il pas ùe conclure inversement? LE QUATRIÈ1!E ETAT. Dans U,ssociation Catholique,sous ce litre Le Glas d'un régi11ie, .\I. La Tour du Pin Chambly retraçant à grandes lignes l'érnlution économique commencée au lendemain de la Révolution, écrit au sujet du Quatriè!l1e Etat: li se crea 110 quatrième ètat pal' le fait de l'écal't croissant entl'e la condition de l'cmploy~ et celle de l'emplo,cu1· ignoré et irrespousable qui remJJla~ait peu à peu le patron connu et indéfiniment responsable. Les salariés de l'industrie formèrent une classe à part, intelligente, instl'uite, facile à s'éprend1·e de l'idée de solidal'ité et à se constitue!' en • parti ouv,·ier », »uquel il ne manquerait gue l'o•·~amsation pou,·devenir un pa1·ti politique. La loi de 188, sur les synd,~ats professionnels vient à point pour favoriser cette Ol'ganisation, au dé,·cloppement de laquellP. les <·apitalistes assistent avec effroi, tandis que le rcst.c de la nation la voit plutôt de bon œil, et que nous y voyons, nous, la pl'emière µhase d'une gl'andiose réorganisation sociale. Le pl'emier n<sultat de cette Ol'ganisation sem de pol'tcr le débat, en matière de contrat de tl'a,·ail, du tel'rain individuel sut' Je terl'ain social ; c'cst-à-dil'e que la loi de l'offre et de la demande ne s·cxercera plus entl'e un patron et un ouvl'icl', mais entl'e la classe patl'onale et la classe ouvrière. et q_ucc'est aux ,·apports juridiques du capital et du travail que devront désol'ma,s, selon l'expression précitee, sinon • se réduil'e », du moins se conformer tout d'al>ord les rapports à intervenir entre les pat,·ons et les ouvriel's. Enfln ces rapports juridiques du capital et du travail seront eux-mêmes influencés par u11ccl'tain idéal de justice sociale,absolument inconnu aux docteurs du régime r.apitaliste, appelés communément les économistes. Cc processus, cette évolution économique et sociale, est absolum_ent fatal, et après avoir loué la sagacité de ceux qui l'ont pl'oclamé, comme 11a été dit, on peut pourtant s'étonner qu'il leur ait fallu pour cela une le,on de choses. On doit su,.tout reg1·etter que tant d'hommes de bien, tant d'autorités sociales du monde de la politique, de la chaire même ou du l;ar,·eau, ne l'ayant pas vu venil', en contestent encore le bien fondé, la légitimité, et ahè-

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