La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA QUESTIOX SOCI.ILE DEYAXT LES CORPS t:LUS 311 Toutes ces raisons nous ont paru faibles et témoignent d'une .:onfiance bien excessive dans les avantages de la concurrence. Nous savons, nous, socialistes, que la concurrence aboutit au monopole, et si la boulangerie est encore trop en retard en France pour qu'on puisse concevoir des craintes imm~diates, il n'en est pas moins vrai que le jour où de véritables usines à pain se seront créées comme il en existe en Belgique, le jour où de puissants capitalistes auront accaparé cette industrie devenue mécanique, la suppression de la concurrence sera un fait accompli. Alors, par Je moyen de syndicats semblables aux tmsls américains, ces industriels règneront sans conteste, braveront toute entreprise rivale et pourront soumettre le consommateur aux exigences les moins légitimes, si, à ce moment. les pouvoirs publics ne sont pas suffisamment armés pour défendre les intérèts essentiels de la population pauvre. - Sans parler d'un avenir aussi lointain, il est bien connu de tous que l'abaissement si marqué du prix du blé dans ces dernières années, n'a pas amené un abaissement correspondant dans le prix du pain. Pendant que l'agriculteur se ruinait par la vente peu rémunératrice de sa récolte, l'ouvrier des villes ne payait pas son pain meill\!ur marché. Le producteur des champs et le producteur urbain étaient également victimes : seuls, les intermédiaires prospéraient en prélevant des bénéfices abusifs. Aussi, pour notre part, proposerions-nous d'étendre la taxe aux minotiers et de fixer administrativement le prix des farines d'après le cours des blés. En supposant que le travail de la boulangerie ne doive jamais subir la transformation mécanique et la centralisation dans de grands établissements, il n'en est pas moins vrai que le régime des petites boutiques de détail se multipliant sans cesse n'est pas assez favorable à l'intérêt général pour qu'on se désaisisse d'un moyen efficace d'en prévenir les abus. M. de Foville a montré que, contrairement aux doctrines orthodoxes, la multiplicité des magasins de détail finit par renchérir le prix des denrées, et que le régime de la concurrence n'abaisse pas le prix de vente au m;nimum. Dans son Traité d' Eco110111ie politique, M. Gide signale ces mêmes conséquences inattendues du régime du (< laisserfaire, /disser passer » en matière commerciale. Pendant la discussion du tarif général des douanes. M. Méline a insisté lui aussi sur les prélèvements exagérés opérés par les intermédiaires et par les petits débitants. Les mêmes critiques ont été adressées au petit commerce par M. Le Trérnr de La Rocque, président de l'Union des Syndicats des Agriculteurs de France. Et, il y a quelques jours, n'a-t-on pas vu un grand nombre de magasins d'épicerie de Paris, profiter de l'entrée en vigueur du tarif des douanes depuis le 1er février 1892, pour augmenter de cinquante centimes par kilogramme le prix du lard salé et du jambon. Or. le droit voté n'est que de vingt-cinq .:entimes par kilogramme, ce qui constitue par conséquent un prélève-

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