La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

J-IEXRIK IIJSEX, POÈTE NOR\\"ÉGIEN 333 indigne, ni la loi religieuse, qui la renvoyait au foyer désert el souillé, n'étaient des lois de vie, mais des lois de mort et qu'elle est criminelle, elle, la mè1·e, d'avoir engendré sans amour un être prédestiné à souffrir et à mourir <le par l' ltùédile. EL qu'elle est c1·imiuelle envers elie-méme pou,· avoir violé les lois de l'amour et de la nature. Les conclusions son l nettes. D'après, Ibsen dans certains cas graves, non seulement les époux onl le droit de se séparer en dépit de la légalité, de la religion ; mais encore, ils commettent en restant ensemble un crime natw·el dont la na Lure se venge sur l'Enfant. Le poète préfère l'union libre avec un homme sain de corps et d'esprit, à l'union régulière avec un homme ou une femme tarés. Il indique <leplus que la joie de vivre qu'avait pr~ssenlie Mme Alwing son héroïne, en se jelanl dans les bras du Pasteur, esl peul-être un devoir envers nousmêmes. Les lois de l'hérédité; de la vraie dignité dans les relations, le droit à la vie heureuse sont visés dans les Revenants. Ce deYoir, si nettement indiqué de ne pas engendrer dans certains étals d'esprit el de r.orps, est de la plus haute mo1·alilé. Malheureusement, c'est assez difficile à accomplir dans la pratique; au moins pour les races à sang très chaud. D'autant plus, que le goût ou l'amour peuvent se rencontrer en Ire individus déploraLlement éprouvés par la loi d'hérédité. Danc ce cas, le devoir serait-il de sacrifier l'amour à la génération? Si nous considérons avec Ibsen que notre premier devoir est envers nousmêmes, nous se1·ons peul-être amenés à repondre non. Quoi qu'il en soit avoir osé aborder de pareilles quesLions,el le'- avoir résolues en partie; avoir osé par contre-coups toucher aux lois civiles et religieuses, dénotent chez l'auteur ùn vrai courage moral. Ce qui fail le puissant intérêt de l'œuvre d'Ibsen, c'est l'absolue bonne foi de l'au leur. Ce rare génie nous laisse en Lrevoir en même te111psque son ardent désir d'une rénovation sodale, les ùoulef5 qui le torturent sur l'issue de celle bataille pour la vie. Son courage de robuste lulleur reste entier; sa foi dans un avenir meilleur parait parfois s'éclipser, el le poète découragé sombre et seul, retombe sur lui-même, comme ces vieux chênes centenaires, que les tempêtes ébranlent sans les déraciner. :--ioustrouvons celte nole attristée dans le Canard saui:ar;e. Le Cana1·d sa1,vage représenté au Théàtre libre est t'emblême de l'homme pur el indépendant de nature, qui brisé et avili par la société, préf~re se trainer dans la fange des marais ou de&

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