332 LA REVUE SOCIALISTE généraux doivent èlre peu compris de ces demi solilaires norwégiens. Ils ont pour compagne la mer; elles les étreint, les enveloppe, les empêche de percevoir la grande voix de l'humanité. Elle est mauvaise conductrice de la sensibilité humaine; el communique à l'homme un peu de son égoïste indifférence, de son immuable retour sur elle-même. La rigueur des déduclio11s, la recherche du vrai, la hauteur ùe vues, la personnalité développée dans la plus large mesure; La hardiesse dans l'allaque de tout un monde, en même Lemps que la simplicité des moyens; le naturel des tableaux: voilà les qualités maitresses de l'œuvre d'lbsen. La note attendrie lui manque. Peut-élre manque-l-elle à Lous les peuples du Nord qui sentent profondément, et expriment peu. On demeure épouvanté devant son idéal sauvage de grandeur morale, comme en face d'un abime dont l'œil ne peul mesurer la profondeur. Le poète nous traite en héros, mais le monde est composé d'hommes (l) ! Sur les cinq pièces d'lbsen, traduites en français, trois ont été représentées à Paris: dont deux ;iu théâtre libre el une en dernier lieu au vaudeville; Poret v,i, dit-on, donner Maison de Poupée à l'Odéon. Ces œuvres ont en général peu réussies; les idées qu'elles représentent sont difficiles à saisir pour des interprètes français. El d'autre part, le souffle révolutionnaire qui anime lbden est peu goûté par la presse de la réaction ; de sorte que le public demeure indécis en face d'une inlerprélalion incertaine el de compte-rendus peu favorables aux convictions du poète norwégien. Dans les Revenants (théâtre libre), Ibsen combat non pas l'inslilulion du mariage, mais le respect quand même de celte inslilulion: Mme Alwing a épousé un débauché; prise de dégoût elle se sauve chez un pasteur qu'elle aime. Il la repousse au nom de la religion, pour la rejeter au devoir légal. Elle se résigne: elle a un fils de son mari. Toutes les humiliations, toutes les tortures d'un cœür fier, qui est mér.onnu; d'un corps sain, qui est sali ; d'une volonté libre, qui est violentée au mépris de ses désirs, de ses aspirations naturelles ; elle les subit. Le mari meurt, la femme respire; la mère espère en son enfant, el oublie ses douleurs passées, en rêvant les joies à venir. Mais la débauche ne meurt pas avec le père, elle empoisonne le fils; elle pourrit l'innocenct' qui n'a pas même les joies malsaines du vice, el la milra désespérée en face de son fils fou el mourant se dit que ni la loi humaine, qui la liait au mari (l) Deux traductions: MM. Prozzor et Ephraïm.
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