La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

HEIŒIK IBSEN, POÈTE NORWÉGIEN 331 français. Ce qui nous frappe surtout chez Ibsen c'est son mPpris pour les compromis de la société existante. li déchira le voile dont s'enveloppent les soutiens de celle société, el les montre tels qu'ils sont: légalement l1ypocriles. Dans un style de la plus mordante énergie, il stigmatise le mensonge qui forme la trame ctes institutions les plus respectées. Il signale l'antagonisme de la nature entravée dans son P.xpansion légilime, el de la société drapée dans les longs plis d'une légalité menteuse. Ibsen est tout d'une pièce; il aime la vérité par dessus tout, la veut en tout el partout; souffle sur les illusions (ces doux fantômes qui consolent les malheure•.1x) ! Ce poète norwégien est de la famille de Corneille, il obéit à un idéal de grandeur morale, qui dépasse peul-être lïwmanilé. Celte grandeur.il la voit réalisée dans l'avenir.par un Troisième etat. Etal que l'on peut présumer d'après l'ensemble de son œuvre; el qui tiendrait le milieu entre la jouissance païrnne el le rrnoncemenl chrétien. Dans celle nouvelle phase sociale I"individualisine serait developpé dans la plus large proportion. Cette tendance se conc:oil dans un pays où la rigueur du climat force l'individu à se replier sur lui-mème ; en même temps que la configuration du sol déchiqueté en quelque sorte, par les fjords est un obstacle aux réunions par grandes collectivités. Combien a dû être rtJde la lâche d'lbsen de faire,sinon accepter au moins discuter des idées avancées, dans ces petits bourgs ou districts provinciaux! ùe quelles hai11es basses !e malheureux auteur, qui était en même temps directeur de théâtre, a dû triompher! On comprend pourquoi sa pensée se produit souvent sous forme de symbole. Lui, l'amant de la vérité, se voyait évidemment forcé de la rléguiser, pour lui donner droit de cité: Nous avons à relever une contradiction dans ce qu'on pourrait appeler la doclriue lbsénienne: Ibsen a été frappé des théories de Darwin, l'hérédité et ses conséquences est le s;:ieclre qui hante l'esprit du poète. Plusieurs de ses drames en font foi. On s'étonne dans ces conditions qu'il accoi·de une aussi large part à l'individualisme el surtout au libre arbitre puisque le fatalisme hereditaire, ne laisse point de place aux responsabilités absolues. Ibsen proclame, en même temps, comme une sorte de devoir une doctrine plus humaine, celle de la }oit< de viVre, joie qui se composerait des lois naturelles sous le contrôle de la conscience. Cette conscience de Luthériens ~candinaves, rafrnichie par les glaces des Isbergs, et par l'austérité des habitudes, ne serait peut-être pas un frein suffisant, pour des peuples moins gelés et moins replies sur eux-mémes. Les intérêts

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