La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

CADET ET LES ICARIEll'S 321 les simples plaisanteries le choquaient, comme s'il était un César ombrageux. Réélu tous lt•S ans président, depuis qu'il avait renoncé à la dictature, il vivait tout entier dans son œuYre et le moindre blàme blessait profondément sa susceptibilité d·auteur. j\;on content d'avoir le monopole de la pres~e, il aurait voulu encore mettre la main sur la bouche de ses administrés et aYoir le contrôle sur leurs moindres paroles. ·0ilc't à quelle exigence impossible mène une logiqne trop rigoureuse? Rêprimer la critique! Elle était étoufü•e autant qu'elle pouvait l'ètrP par l'imprimerie mise exclush·ement ù la disposition du pouvoir exécutif. C'est de son aclministralion qu'émanait tout ce qui se publiait. Une feuille hebJomatlaire parut pendant quelque temps, sous le titre: Colonie Ica,·ienne, publication mensuelle, rédigée sous la direction du citoyen E. Cabet,président. Toutes les brochures, sans exception. sortent de la plumedu mème Cabet .. l'en ai rapporté un c<>rtainnombre que j'ai consen·ées. En rnici les titres : Réforme lcarien,ie, Co,ulitions cl'nd,nission, Colonie de ln, République d'Icm•ie, Pi·ogd:s <leln. Colonie Jca,·ienne. Si j'(!Vais 300,000 dottrt.;•,; .' L'Icar'ie w1·vh,·at-elle à son fondfllew·? etc . .. Fourier, ayant fait appbl à la gunérositG d'un ~apitaliste imaginaire, l'attendit p<>ndant plusieurs années dans son cabinet. avec l'espoir de le Yoir entrer à chaque instant. De mème, Ca.net crut fermement que les ~>00,000dollars qu'il demandait pour développ<>rsa colonie, lui seraient inopinément apportés. Dans la brochure: « Icm•ie su,•viv;·a-t-elle à son fo11dale!ir? >> il dit avec nn accent de foi robuste : « Si je puis con:,acrer <>ncoretrois ou quatre ans it l'achèvement de l'édifice. j'en garantirai l'inébranlable solidité. Je la garantirai surtout si j'ai les ;soo,ooo d llar-, dont j'ai parlé précédemment, et, lût ou tard, je les aurai! > Comme Fourier, il fut trompé dans son espoir, et n'eut même pas les trois ou quatre années d'existence sur lesquelles il comptait, à l'àge de ü6 ans, avec une constitution fortement trempée. Il mourait un an plus tard, ayant déposé, dans l'écrit en question, ces paroles si convaincues et si ju,{rniles: « Pour moi. après 15 ans d'étude et 5 ans d'expérience, le Communisme est la destinée de l'Humanité, et c'est à lui qu'appartient !'Avenir! Par nous ou par d·autres, un pen plus tôt ou uu peu plus tard, il triomphera l Et ma foi dans son triomphe est telle que, si par un hasard quelconque, je restais seul en Icarie, je serais prèt à recomme11cer avec d·autres l'expérience de la Communauté. :P lloLYXSKr. (La si,ite au p1·ochain numéro) 21

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