La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

3'20 LA REVUE SOCIALISTE Le whiskey était autrefois accordé à discrétion. En prenait qui voulait dans la distillerie. La réforme mit un terme à cette licence. Le breuvage, à dose très modérée, n'etit plus distribué que le matin, avant de se rendre aux travaux de la campagne et de l'atelier. La sobriété des Icariens me présentait un contraste frappant avec lïHognerie des habitants de la ville de Kauvoo. La loi du Maine, en vigueur dans l'Illinois, y avait propagé, aux bords du .àlississipi, un vice qu'elle voulait détruire par la prohibitiou de vend1·een détail les boissons alcooliques. En revr-rnant de la Communauté chez la veuve de Joë Smith, je trouvais tous les soirs, soit dans les rues, soit dans l'auberge même, des individus pouvant à peine se tenir sur leurs jambes et manifest~nt par leurs chants et leurs paroles qu'ils n·avaient plus qu'imparfaitement l'usage de leur raison. Je crus un moment que la respectable madame Baderman se livrait à un commerce illicite, mais elle m'expliqua elle-mème la chose. La loi du Maine n'existait pas dans l'Iowa: or, pour y aller, il n'y avait qu'à traverser le Mississipi. Beaucoup d'Allemands et d'Américains, qui ont remplacé les .Mormons dans leurs demeures, se plaisaient à faire cette excursion par bandes avec le but unique de boire outre mesure et de rentrer chez eux glorieusement ivres - gloriousty d1·unh - comme on dit dans l'Ouest. Et voilà comment la tempérance décrétée par un Etat, aboutit à une intempérance plus grande, lorsque l'état voisin ne juge pas à propos ùe gêner le commerce des alcools. La Loi du .Maine a eu pour résultat - m'observa l'hotesse du Mansion House - de rendre ivrognes tous les habitants de Nauvoo, à l'exception des Chrétiens pr1:- 1nittfs, auxquels leur directeur ne donne pas d'argent pour se soûler ... Cht·étiens primitifs : tel était le nom sous lequel étaient désignés les disciples de Cabet, et ils le méritaient par leur conduite régulière, paisible, édifiante. La réforme atteignit également la chasse et la pêche. Elles furenL autorisées comme moyen de fournir des aliments, mais interdites comme parties de plaisir. Quiconque eût été rencontré avec un fusil ou une ligne, sans permission de la Gérance, s'exposait à un blâme sévère, sinon à une expulsion immédiate. Cabet revint avec force, en amendant sa co,nstitution sur la nécessité de réprimer la critique. Il y voyait, dit-il, la principale cause du malaise et du désordre de 5a république naissante, oubliant que lui-même en avait largement usé quand il n'était qu·un homme politique. Mais le communisme avait fait un des-. pote inconscient de l'ancien libéral.,Les plaintes, les murmures,

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