CABET ET LES ICARIENS 319 La Communauté est seule propriétaire. Cela supprime l'opulence et la misère, l'achat et la vente. Plus de monnaie, de banque, d'usure. Ni salaires, ni traitements, car tous les travailleurs reçoivent ce qui leur est néce saire, et les fonctionnaires ne sont que des travailleurs. Abolition totale des impôts, remplacés par le travail social. C'est là aussi - par parenthèse!" - l"unique impot payé par les nègres esclaves. Tous les deux ans, la Constitution pourra être révisée si les trois quarts de l'Assemblée en manifestent le désir. Yoilù le résumé très complet de la Charte de 1851, qui contient 183articles. Aucun ne parle ni de la liberté de la presse ni de la liberté de la réunion, non parce que le législateur se serait sagement refusé le pouvoir de légiférer sur ces deux libertés, comme sur celles d'admettre ou de rejeter une religion quelconque, mais parce qu'il méconnaît ces trois libertés primordiales d'une société libre. Il proclame, ainsi qu'on l'a vu, une -croyance unique, et, s'il ne dit rien de la presse, c'est parce qu'elle est le monopole de· l'admini tration. S'il ne dit rien des réunions, c·est qu'elles sont soumises à une convocation offi- -cielle. Il n'est pa permis à !'Icarien de publier sa pensée, car l'imprimerie de la communauté n'est au service spécial d"aucun de ses membres; il n'est pas permis à l'Icarien de provoquer un meeting, car ce soin regarde la gérance ou plutôt le président exclu si ,·emen t. Là où l'initiative individuelle n'a pas moyen de s'exercer, comment la j\berlé existerait-elle? :\fais avec cette initiative, il n'y a pas de communisme. Quelle conclusion? La lib13rtéet le communisme sont incompatibles. Toutes les communautés le démontre11t et crlle de Cabet en particulier.Cet excellent homme a cru faire une république modèle, il n'a créé qu'un couvent. Ce couvent, il aurait désiré le rendre prrsque ascétique, en faisant une guerre acharnée à tous lrs penc;hants qu'il attribue au sensu((lisme. Dans l'assemblée de 1853, il demanda la prohibition absolue du tabac et du whiskey. :\lais il reucontra une rude opposition : pour la vaincre, il lui fallut déployer les ressources de sa vieille éloquence de procureur général et aller jusqu'à la menace d'abandonner la colonie. Le tabac, par une loi organique, fut défendu aux Icariens nouveaux, sous toutes ses formes, mais il fut exceptionnellement toléré chez les anciens, s'avouant incapables de renoncer ù ce qui semblait à Cabet, comme anx Wahabites, l'herbe de la honte, avec la condition expresse de ne fumer que chez eux et jamais en public. La permission ne s"étend ni aux femmes, ni aux enfants. La chique est complètement bannie, et personne ne peut priser si ce n'est par orJonnance médicale.
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