DE LA PROTECT!OX OUVRIÈRE EX FRAXCE 303 tion violente, idées qu'elle suce déjà avec le lait de sa nourrice. On met en mains de cette populatiou, la plus révolutionnaire du monde, les moyens de s'organiser librement; on lui fournit des places de réunion suffisamment vastes, dont l'installation coûte des millions; on paie ses fonctionnaires élus librement, on indemnise ses comités pour le temps qu'ils consacrent à leurs séances; on va même jusqu'à les inviter à se considérer {)Ommeun corps constitué avec des idées communes et des sentiments profonds de solidarité. ~lais quels ont été les résulats de cettr confiance en une telle population? A-t-on dù la reconnaitre comme dangereuse? Le temps qui s'est passé dès lors est réellement trop court pour pouvoir porter là dessus un jugement définitif. Toutefois, les expériences qu'on a faites durant ce court laps de temps parlent elles-mêmes. Les ouvriers de Paris organisés en corporations- il ne peut s'agir que de ceux-là, car ce sont eux qui ont eu le bénifice de {)es institutions nouvelles, et ils constituent aussi le centre de _gravité de toute organisation ouvrière parisienne - sont tout naturellement restés socialistes, comme ils l'étaient déjà auparavant. Les idées socialistrs règnent dans tnutes les délibérations des assemblées de délégués et des comités de la Bourse du travail. Dans sa partie non officielle, le Bulletin de la bourse, -entretenu en bonne partie par la subvention du conseil municipal, est inspiré des mêmes sentiments et écrit de la même façon que tous les autres journaux socialistes ouvriers. On ne peut doue absolument pas dire que les ouvriers parisiens organisés se soient laissé acheter leurs opinions par les subventions et les im,titutions du Conseil municipal, ce qui, du reste, n'était nullement dans les intentions de celui-ci. l\lais ces ouvriers, qui, avec leurs instincts révolutionnaires, étaient toujours prêts à faire à tout pouvoir public existant, quel qu'il soit, l"opposition la plus sérieuse que l'on puisse imaginer et qui est bien loin de ressembler aux oppositions parlementaires, ont fini par s'apercevoir, en présence de la grande confiance qu'on leur a accordée, que l"œuvre considérable de leur relèvement et de leur émancipation pouvait aussi se réaliser par la voie iiacifique d'un travail d'organisation. Ces travailleurs, qui, depuis des siècles, héritent, de père en fils, de l'arme révolutionnaire, qu'ils cachent jalousement comme un patrimoine inestimable, ont, par la confiance et les moyens qu'on a leur donnés, acquis un intérêt tout particulier au maintien d'un état de choses qui leur permet de travaille1· au développement de leurs -0rganisations pacifiques, à leur relèvemen tetàleur émancipation.
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