La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

26 LA REVUE SOCIALISTE " Si l'on compre11aitdans une même statistique, dit le même auteur, ,i toutes les machines à vapeur, aussi bien sur chemins de fer que sur ii bateaux et à terre, la France posséderait une armée de 4,800,000, ,i che\'aux-vapeur. » Or, comme chaque cheval vapeur représente d'après les évaluations les plus modérées la force de douze hommes, nos 4,800,000 chevaux-vapeur font le travail de 57,600,000 hommes. Et encore la statistique que nous citons ne comprend que les appareils à vapeur laissant de côté ceux qui sont mus par d'autres agents naturels et même ceux qui. comme la machine à coudre, sont actionnés par un être humain. - D'où nous pouvons conclure que la France passe de plus en plus au régime de la grande industrie mécanique, qu'elle fait dans cette transformation des progrès que l'on peut évaluer en gros à 50 1/. tous les dix ans : Il en résultera la paupérisation croissante du Prolétariat, l'abaissement des salaires, l'augmentation en fréquence et en durée des périodes de chômage, le refoulement dans l' .Armée wdustrielle de réserve, d'une masse toujours plus nombreuse d'ouvriers et de paysans et parallèlement l'accroissement du nombre des souteneurs, des prostituées, des vagabonds, des mendiants, des récidivistes, des criminels, qui constituent l'arrière-ban de cette armée industrielle de réserve. Nous savons bien que l'Economie politique bourgeoise a essayé de réagir contre ces conséquences si fàcheuses de l'orga~isation capitaliste et que, dans <i son optimisme béat », elle a inventé la théorie de la compmsatùm. D'après cette théorie, quand une machine nouvelle supplante un nombre quelconque d'ouvriers, un certain capital deviendrait du mème coup disponible; or, ce capital a besoin, pour être mis en valeur, pour être employé à un travail productif, d'un nombre d'ouvriers égal au nombre de ceux qui furent expulsés de l'atelier. Il ne tarde donc pas à les rappeler à lui pour les occuper soit dans la mème branche d'industrie, soit dans une autre. Pour la maîtresse réfutation de cette doctrine nous renvoyons le lecteur au Capital. chapitre XV• paragraphe VI, page 189. Sans entrer dans le détail des démonstrations de fait et des statistiques accumulées par Marx, qu'il nous soit permis de rappeler \et cela suffira) que tout capital se décompose en deux. parties : la partie constante (la valeur des moyens de production) et la partie variable (la valeur de la force ouvrière, la somme des salaires). 1 oute introduction de machine est une augmentation de la partie constante et une diminution de la partie variable. Imaginons qu'un travail soit effectué par cent ouvriers payés à raison de cinq francs par jour. La machine intervient et cinquante ouvriers seulement suffisent parfaitement à exécuter la même besogne. Un capital de 250 francs par jour, qui était absorbé en salaires, devient donc disp0nible Cette somme tend à se réemployer, mais, comme tout capital, elle se divisera en partie constante et en partie variable, la partie variable seule que nous éva-

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