SOUTENEURS ET SOUTENUS Ecoutons, en terminant, un économiste justement considéré, M. Ch. Gide : L'emploi des machines <• en rendant inutile une cer- " taine quantité de travail, rend inutile du même coup un certain nom- « bre de travailleurs ..... Sans doute il leur restera toujours la « ressource d'employer ailleurs leur travail, en cl1erchant une autre « occupation, m:iis ces déplacements ne sont jamais faciles et pour les ,< personnes qui n'ont pas d'avances, c'est-à-dire pour les ouvriers, ce « chomage entrainera nécessairement la souffrance et la misère. ( 1) » {p. Jï9), Le même auteur ajoute plus loin : << Pour le chômage, ce risque que<( l'évolution écono111iq1m1oederne ramè11ea11jo11rd'buaivec 1111seorte de « périodicitéfatale, il n'est pas possible de le conjurer par l'association et -<< l'assurance, parce qu'il n'atteint pas seulement les indivijus, mais « frappe par grandes masses tous les ouvriers d'une mème usine, ou « tout un corps de métier, ou quelquefois même toute l'indu~trie d'un (< pays. L'ouvrier peut vivre pendant quelque temps en dévorant ses ,( quelques épargnes, s'il en a, ou en engageant au Mont-de-Piété les -« quelques objets mobiliers qu'il peut posséder, mais ce sont de ,< faibles ressources. » Ce mal toujours plus poignant du manque de travail et du chômage forcé résulte de causes nombreuses et complexes mais tout particulièrement de l'emploi croissant des moyens mécaniques et de la vapeur. Rien n'arrêtera l'industrie dans cette évolution fatale, qui s'accomplit sous nos yeux avec une rapidité tous les jours plus grande, Cette augmentation progressive du nombre des travailleurs de fer et d'acier, dévorateurs de houille. e~t bien mise en lumière dans un savant mémoire publié par M. Daniel Bellet dans l'Eco110111iFstreançais (2). d'après lequel la comparaison entre le nonibre des chevaux-vapeur employés en 1879 et en 1889, donne les résultats suivants : (< Depuis dix années, -« l'accroissement de la force motrice employée dans les diverses bran- " ches d'industries a été respectivement de 121 % pour l'agriculture, ,( de 5 1 % pour les industries chimiques, de 48 % pour les papeteries, (( de 40 % dans les usines métallurgiques, de 44 % dans les mines, --< de 38 % dans les tissus, de 23 % dans les usines alimentaires. » En établissant la moyenne, on constate pour tous les modes de production pris en bloc une augmentation de près de cinquante pour -cent en dix ans (exactement 48, 5) dans l'emploi de ces agents merveilleux qui produisent tant de richesses mais rendent les ouvriers inutiles. Remarquons aussi l'augmentation de 121 % du nombre de machines -employées dans les travaux agricoles. - N'est-ce point là une des -causes de cette dépopulation des campagnes dont on se plaint tant? - (l) Charles Guide: Pri11cipesd'Eco11omief>olilliJtie; troisième édition, Paris 189[. (2) L'Eco110H1islFerançais du 21 novembre 1891,
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