La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

24 L.\ REYt;E SOCIALISTE .à. offrir Jeurs bras pour une vingtaine de sous par jour pour une journée moyenne ; or, comme cette somme était insuffisante pour les faire vivre, ils étaient obligés de prolonger leur prcscnce à l'usine jusqu'à vingt-deux heures par jour pour ne pas mourir de faim. C'est alors que le Prcfct de l"Aisnc apprenant cette situation, à savoir ,qu'une partie des tisseurs travaillaient de dix-huit à vingt-deux heures par jour, lorsqn'une autre partie chômait faute de travail, c'est alors, dis-je, que le Préfet de l'Aisne rendit un arrêté aux termes duquel il était interdit aux ouvriers qui travaillaient de prolonger leur journec à l'u~inc au-dessus de dix heures par jour. Cet arrêté fit l'effet d'un coup de baguette magique, car, dès le lendemain de son application, un seul ouvrier ne pouvant plus faire le travail de deux, les ouvriers en chômage curent acces dans les ateliers et y rentrèrent de suite. D'un autre côté, comme les chefs dt ces usines ne pouvaient plus profiter de la concurrence faite par les ouvriers affamés à lturs camarades occupés, ils furent bientôt forcés d"augmenter les salaire~, lesquels montcrent en fort peu de temps au même taux qu'ils étaient avant le chômage forcé et l'arrèté du Préfet eut pour résultat excellent de rétablir l'équilibre. Vous Je voyez, citoyens, la mesure à prendre la plus efficace contre le chômage est la reduction des heures de travail ou de la durée de _lajournée Je travail. .. Je dois vous exposer en peu de mots les brusques effets de lïntroduction des machines dans l'industrie du vètemcnt que je connais, et afin que ma conclusion ne soit pas suspecte, je vais prendre mes chiffres dans une statistique ofliciellc, recueillis <lans les enquêtes faites par la Chambre de Commerce de Paris en 1846 et l"autre en 1860. Vous comprendrez, citoyens, l'importance de ces deux datcs,lorsque vous réflcchircz. que l'introduction des machines à coudre dans la fabrication du vêtement d'homme a eu lieu à Paris en J.~~>-3n,euf années après la première enquête et cinq ans avant la seconde. Or, d'aprcs ces enquètes dont le~ chiffres, je le répetc, n·ont jamais été contestés pJ.r personne, le nombre de bras occupés en L -Hi dans le vètcment d"ho1nmc itait de 22. 215 et en )8G0, c'est-a-dire cinq ans après lïntroduction des machines, ce nombre itait riduit à 11.07 J, c·est-a-dire riduit de plus de 11101/iil.orsq1u lt nombrt des viltntenls txicutis it11ilaugmt11li de beaucoup. En effet, la mème statistique nous apprend que le chiffr~ d'affaires dans l'industrie qui m'occupe était, en l8J8,de 80.619.820 francs et, en 1860, cc chiffre est monte à 112.:lH. ~Ofrancs, c·est-à-dire qu·avec la moilii des bras occupes en 18!S on a txicuti rw tiers en plus de vftements en 1h00. La même statistique nous apprend qUc la durée du chômage annuel, qui était de deux à q11alrt,uois eu •846, s'est élevée, toujours dans la même industrie, de q:iatre à siX mois en 1860. Aujourd'hui la durée du chômage est encore augmentée, et on peut affirmer qu'elle est au moin~ de sept à bu,/ mois. J'en appelle au temoignage de tous les ouvriers tailleurs, et tous vous diront que les deux bonnes saisons qui existent n'ont, pour chacune d"elles, que deux mois ou deux mois et demi de duree. Le reste du temps est employe, soit au chômage complet, soit à exécuter des produits de pacotille, dont le salaire est insuffisant pour faire vivre l'ouvrier. Il est donc évident que 111 142 out1rUrs t~1illeurs 0111 d,Î, e11tre 1846 et 186o 1 abandonner leur proftn10n pour e11tur d,.ins d'au/rts industries où le nombre des bras était moins surabondant, et ou ils ont cté une cause dt baisse des salairts ; car, dans réconomisme actuel, le taux du salaire est déterminé comme la valeur de la marchandise a laquelle on l'assimile, par la loi de l'offre et de la demande. Or, si l'introduction des machines dans Jcs autres industries a produit des rcsultat~ analogues, je vous laisse à penser à quel taux dérisoire le salaire général est exposé à descendre. Voilà les faits probants que le citoyen Dupire a observés dans son existence d'ouvrier.

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