282 LA REYUE SOCIALISTE et obtenir à la fois et presque l'un par l'autre le maximum de justice et le maximum de satisfaction moyenne. Les individualistes, de leur côté, sont bien obligés de limiter dans l'application les conséquences de leur principe. Autrement pourquoi restreindre la concurrence, si elle est la base de la justice? S'il faut que chacun concoure rigoureu~ement avec ses seules forces, comment pourrais-je exiger qu'on m'aide à me défendre? Pourquoi mettre à ma disposition une police et un tribunal? N'est-ce pas aussi enlever au voleur, à l'escroc, au brigand,le bénéfice de son habileté, de son astuce, de son audace et me protéger indûment contre les inconvénients de mon imprudence, de ma crédulité ou de ma faiblesse ( 1)? Si l'on refuse d'aller jusque-là, et personne ne s'y hasarde, si l'on restreint le principe de concurrence par une intervention qui est en somme tout aussi « artificielle» que celles dont lïndividualiste ne veut pas entendre parler, n'est-ce pas parce qu'on s'aperçoit que dans lïrnmanité la lutte n'aboutit pas nécessairement au triomphe des meilleurs et qde la société elle-même proteste unanimement contre cette manière d'entendre ses intérêts? Nest-ce pas parce qu'en définitive tous les genres de « supériorité » ne se valent pas au point de vue du bien général, et que la société reste juge de celles qu'elle doit laisser se déployer et laisser triompher; qu'enfin les hommes les plus « forts» ne sont pas nécessairement ceux qui réalisent le type humain le plus élevé? C'est raveu que la notion de justice n'est pas une notion purement naturelle, au sens étroit du mot, mais une notion essentiellement humaine et morale, et qu'il est impossible de la définir par la seule notion du succès, sans faire intervenir un idéal de bien social, de paix et de solidarité. Comment tirer un tel idéal d'une formule de concurrence et de guerre? Et puisqu'il ·est si difficile de distinguer dans l'œuvre et dans le bonheur de lïndividu ce qu'il ne doit qu'à lui-même de ce qu'il doit à la société, n'a-t-on pas d'autant plus de chances de s'approcher de la justice qu'on obtiendra une plus parfaite union? Gustave BELOT. ( 1 ). Même observation en ce qui concerne les rapports des peuples. M. Spencer est impitoyable pour les guerres offensives et, particulièrement même, pour les conquêtes coloniales quïl appe11e des << brigandages autorisés à Downing strcet ». Cette sévérité fait honneur au sentiment quïl a de la justice et à l'impartialité avec laquelle il sait se dégager du« préjuge national ». Mais on peut douter qu·ellc soit bien d'accord avec l'idée que la justice consiste dans le triomphe des supérieurs et 13 disparition des i~férieurs. Aucune race n'a justement appliqué plus pleinement sur ce terrain le principe de sélection et n'a été plus spontanément darwinienne, en face des peuples inferieurs, que la race anglai~e. Partout où circ pénétre, les races indigènes di5-paraissent. Et, il faut bien reconnaitre1 au grand scandale de_la justice et de la charite, que cela ne lui a pas trop mal réussi jusqu'à présent. Nous rappelons que cette delicate et grave question a été traitée en c::xccllcnts termes par M. Sccrctan, les "Droits de l'humanité.
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