La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

Jl:STICE ET SOCIALIS~IE 270 ment la gestion des chemins de fer passer à l'Etat et, de fait. le retour des lignes privées à l'Etat a été prévu et assuré par des hommes peu suspects de socialisme. li est difficile, dans un autre ordre d'idées, de ne pas reconnaitre à l'instruction, au moins à l'instruction primaire, le caractère d'un intérêt universel et égal pour tous; et ce n'est vraiment pas la faute de l'Etat si un certain nombre de citoyens refusent de profiter de son enseignement justement r,arce qu'il est neutre. par suite propre à satisfaire quiconque ne demande que la tolérance, c'està-dire la justice. On est mal venu à prétendre qu'on souffre une injustice quand on souffre seulement pour vouloir rejeter un principe de justice. Nombre d'autres services offrent un caractère d'utilité générale peu contestable, comme ceux qui ont pour objet la préservation de la santé publique, comme les avertissements donnés par les stations météorologiques, comme les renseignements des offices de statistique, etc., tous services qui d'ailleurs ne peuvent guère être entrepris a,·ec succès que par les pouvoirs publics. Sans chercher à déterminer la liste exacte des institutions qu'on peut ranger dans cette catégorie, il importe de remarquer que le nombre de celles auxquelles ce caractère d'utilité générale peut être reconnu tend naturellement à s'accroitre, à mesure qu'on se rend mieux compte de la solidarité des intérêts dans la vie sociale et que cette solidarité s'accroit elle-même. Mais si nous considérons maintenant le r6le du consentement des personnes.nous verrons qu'on peut aller plus loin encore. En dehors des services généraux dont je profite directement pour ma part, je puis en effet trouver avantage à accepter d'autres charges encore, si je comprends l'intérêt qu'il a pour la nation à faire masse de ses ressources, et sïl y a lieu d'espérer que la majorité fera le même raisonnement. Aucun usage de l'imp6t n'est donc illégitime en soi. dès quïl est connu et accepté par le contribuable. En vain M. Spencer essaye-t-il d'atténuer la différence qui existe quand à l'usage de l'imp6t entre un gouvernement autocratique et un gouvernement représentatif ( 1). et prétend-il que le libéralisme contemporain en vient à donner un droit divin aux parlements. Son argumentation n'est justement valable que dans la mesure où la représentation de la nation est imparfaite et inexacte. Aussi vo_vons-nous nombre d'esprits libéraux préoccupés de l'insuffisance du parlementarisme actuel et soucieux de compléter et de parfaire cette liberté politique dont M. Spencer semble faire si peu de cas. C'est ainsi en particulier que M. Malon, frappé de l'insuffisance de la représentation et de l'incompétence technique des élus, voudrait à coté d'une chambre politique, une chambre économique incarnant les intérêts de la nation et dont l'existence justifiât mièux que les assemblées actuelles l'action économique des gouvernements (2) S'il est imprudent aujourd'hui de confier trop de fo11cfio11est depouvoirs à l'Etat, c'est en raiso11de /'i11suffisa11dcue co11frôle. Ainsi le problème peut aussi bien se résoudre en accroissant les pouvoirs de l'individu qu'en limitant ceux de la communauté : seulement dans le premier cas on conserve et l'on accroit les bé11ificedse t'associatio11 et dans le second on les restreint.. S'il faut donc, suivant l'idée de M. Booth, un peu de socialisme pour permettre beaucoup d'individualisme, il faut aussi inversement beaucoup d'individualisme pour permettre un peu de ( 1). L" ltrdividu contre /"Etat, p. 20. (2). le Socia/rsme lntigr./, t. 1 ch. VIII.

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