La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

2ï8 LA REVUE SOCIALISTE est que cette ,onction correspond et correspondrait seule, suivant lui, à un besoin universel, à une demande unanime de la société, les criminels seuls, c'est-à-dire ceux qui justement ne font pas moralement partie de la société, faisant exception. C'est donc là une fin universelle par essence et en la poursuivant, on ne risque pas de satisfaire les uns aux dépens des autres. Il n'en est plus de mème, semble-t-il, dès qu'il s'agit d'une entreprise positive; les uns en usent, les autres non. l'unanimité est remplacée ici par une majorité et une minorité dont les vœux sont contraires. Je ne vais pas à !'Opéra; pourquoi contribuerais-je à Je subventionner ? Je ne pratique aucun culte; pourquoi participeraisje au budget des cultes? Je pr.éfère les établissements privés d'mstruction; pourquoi prendrai-je part aux dépenses de l'instruction publique? Et l'on pourrait aller très loin dans cette voie, car on dirait aussi bien : Je ne passe jamais par cette rue, pourquoi payerais-je une fraction des dépenses qu'en exigent ie pavage, l'éclairage, la surveillance ? Ils serait sans doute facile de tirer de ces conséquences extrêmes du principe une réfutation par l'absurde. Mais le procédé serait, il faut l'avouer, abusif et peu convaincant, car aucun système n'y résisterait ; et de ce qu'un mal ne peut être absolument évité, on n'en saurait conclure qu'on puisse l'accroitre à plaisir. Au fond, l'objection reste très forte, en droit, contre les tentatives de ,< socialiser » indistinctement des services ou des productions quelconques. Nous sommes peut-être allés trop vite en opposant le principe de la corporation à celui de la concurrence pour trouver une base à la conception socialiste. Car en étendant à l'Etat ou mème à la commune l'idée de l'association, nous avons implicitement supposé que cette association ne renfermait que des intéressés, et cela se trouve inexact. On ne pourrait donc si aisément passer de la corporation privée,restreinte à certaines fins et n'embrassant que ceux qui les poursuivent, à la coopération dans et par l'Etat, qui s'étendrait à toutes sortes d'objets à la fois, et engloberait tout un groupe d'individus non en raison de la communauté de leurs intérêts, mais en raison de leur répartition sur un territoire. Mais en précisant l'objection, nous venons de la limiter, et de reconnaitre qu'elle ne vaut que par deux considérations: la première est relative à l'étendue des fins poursuivies ; la seconde, au consentement des personnes. Elle cesserait donc de porter, si d'une part les fins poursuivies sont assez générales pour intéresser tous les citoyens, si d'at.- tre part, mème en dehors de cette condition, l'assentiment réel des citoyens est acquis à une entreprise publique. Sur le premier point, nous ne faisons pas autre chose qu'appliquer le critérium de M. Spencer lui-même. Il ne justifie en effet la fonction juridique de l'Etat que par l'universalité du besoin auquel elle correspond. Ainsi, sans qu'il soit besoin aucunement de ramener la justice elle-même à l'utilité, c'est bien une considération d'utilité qui nous détermine à charger l'Etat de la justice ; c'est au nom d'un intérêt, l'intérêt même de la justice, qu'il est requis d'assumer cette tache. Dès lors, tout iulérèt gé11éral pourra dans la mesure même de sa généralité être confié à l'Etat pour des raisons exactement identiques. C'est ce critérium qu'appliquent précisément les socialistes eux-memes lorsque, par exemple, ils protestent contre la subvention de !'Opéra ou le budget des cultes qui, suivant e:ix, répondent à des besoins tropp:irticuliers. Mais personne ne songe à rendre les postes à l'initiative privée. et tout le monde se trouve satisfait de voir l'Etat chargé de ce service. Il en est de même de la viabilité générale. On verrait sans doute favorable-

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