La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

Jl;STICE ET SOCIALIS~IE 277 <le l'autorité arbitraire, il n'a pas envisagé les progrès de l'esprit d'association, qui résultent simultanément des progrès de l'industrialisme. Pourquoi ne verrait-on pas dans l'Etat le terme de ce/1,1/,md,wce associative, la plus ample el la plus puissa11/edes associaliom. Au lieu de n'envisager dans l' Et.if qu'1111gouvememe11/qui règ11esur fa ut1tio11,11epeut-on y voir Id ualion se gouvem,wt elle-11,éme f L'individu, nous dit quelque part M. Spencer, doit toujours se demander: quel type social ma conduite tend-elle à produire? Mais si la passivité dans la discipline et l'insuffisante conscience de nos droits tend à produire l'oppression gouvernementale. l'association. le régime de libre contrat tendent à produire, avec la liberté politique, la coopération publique, ce qu'on commence à appeler du nom barbare de ,< Etatisme ». li restera sans doute à se demander quels genres de services cette grande association sera le plus apte à rendre; il faudra beaucoup <le prudence à mettre en mouvement une si vaste et si lourde machine, et les socialistes l'oublient souvent. Mais enfin nous ne voyons rien, en droit, qui en condamne absolument l'usage, et qui limite nécessairement le rôle de l'Etat (ou de la commune) comme puissance collective de production et d'entreprise. Mais l'individu aliène alors sa liberté ! Assurément, en partie, comme dans toute association, comme dans tout contrat, allons plus loin, comme dans toute action, p11isqu'il ne peut agir sans se fixer, sans prendre avec les choses, avec lui-même un engagement, sans enchainer plus ou moins une partie de son avenir à un passé irrévocable, sans livrer un fragment de son être au torrent de la nature, qui l'emporte. D'aille11rs il faut connaitre, si l'on quitte les déductions abstraites pour considérer les choses, que cette aliénation de la liberté ne serait pas aussi complète que quelques-uns paraissent le redouter. C'est un point bien établi par Schaeffle et par nombre de socialistes comme M. Malon, que la liberté de la consommation resterait entiëre; l'emploi par l'individu des produits de son travail ne subirait aucune restriction. Personne ne songe à réglementer. par extmple, comme en Chine, la couleur des vêtements, leur qualité ou leur forme. De tels abus ne sont possibles que dans un gouvernement autocratique ou patriarcal. j'achèterais dans les bazars municipaux, dans un wbolesale public, avec la même liberté que je le fais aujourd'hui dans un magasin privé; et de tels bazars, ni plus ni moins que le commerce actuel, rtgleraient sur les exigences du public le choix des articles qu'ils lui offriraient. Rien de tout cela n'est absurde ni oppressif. Je m'abonnerais au gaz, à l'eau, à l'électricité fournis par des services municipaux avec la même liberté qu'aux compagnies privées, de même que je voyage sur les chemins de fer appartenant à l'Etat avec la même liberté que sur les lignes de l'entreprise privée. Mais cette liberté,répondra-t-on,est toute apparente et superficielle; allez au fond, et vous verrez combien ma liberté réelle est compromise puisque, pour organiser tous ces services, on accroit sans cesse la portion de mon revenu que je ne puis dépenser à mon gré aux dépens de celle dont je puis faire usage à ma fantaisie. L'objection est très forte.Elle serait irréfutable dans l'hypothèse d'un gouvernement autocratique ; mais l'hypothèse d'un régime de liberté politique ne suffit pas du tout à l'écarter, car il reste toujours à rnvoir si la majorité nïmposerait pas à la minorité des charges correspondant à des services que celle-ci n'a pas demandés. Lorsque M. Spencer admet et veut que la société assume la fonction de justice, ,on motif

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