27û LA RE\'UE SOCIALISTE des citoyens et que pour cela il réglemente le travail des femmes et des enfants, qu'il impose l'observation d'un minimum d'exigences. hygiéniques ( 1). Le voilà au nom de la seule sécurité nationale engagé dans une foule de réglementations. Mais laissons là les effets du militarisme. car nous sommes tout prêts à reconnaitre avec M. Spencer que le militarisme dans son essenee est en somme un obstacle à l'avenement de la parfaite justice et que la paix et la ju~tice sont solidaires. Considérons en elles-mêmes les conditions de cette fonction de justice dévolue à l'Etat. L'argumentation <leM. Spencer implique tout d'abord qu'au moins jusqu'au moment où la justice aurait été pleinement réalisee par l'Etat il n'aurait pas le droit d'assumer d ·autres devoirs. Mais .:ela même serait spécieux. Car on ne \'Oit nulle part l'évolution naturelle suivre une telle loi. La nature ébauche toujours une œuvre avant d'avoir achevé la précédente. Les racines poussent encore pendant que la fleur éclôt. L'industrie n'attend pas d'avoir créé un instrument parfait pour s'en servir, quitte à le perfectionner ensuite à l'aide même des produits de 1'instrument imparfait. La science n'attend pas d'avoir achevé les mathémathiques pour aborder la physique. Pourquoi en politique attendrait-on d'avoir obtenu de l'Etat toute la justice pour en obtenir un peu d'utilité? Mais nous prenons mal la pensée de M. Spencer: La poursuite de l'utile à ses yeux n'est pas seulement prématurée pour l'Etat en raison de l'insuffisante réalisation du juste; elle est par elle-même compromettante pour la justice. Elle l'est d'abord indirectement, ca1· plus l'Etat s'occupe de ce qui ne le regarde pas, pense M. Spencer, plus il néglige ce qui le regarde. Les faits m• justifient pas absolument, pensons-nous, cette induction en apparence si rationnelle. Ce~t que l'habitude de l'initiative de la part de l'Etat, mème dans les fonctions qui lui appartiennent moins spécialement, favorise aussi son initiative dans ses fonctions propres. Les codes les plus méthodiques ont été élaborés par des gouvernements autoritaires dans des pays de militarisme. à Rome, ou sous Napoléon. La France, pays d'ingérence gouvernementale, jouit d'une justice relativement égale et peu onéreuse. L'Angleterre, pays d'élection de l'industrialisme et de l'initiative privée, souffre, de l'aveu de M. Spencer, non seulement de son chaos législatif, mais d'une justice odieusement coûteuse. Les Etats-Unis, terre d'individualisme également, sont connus par l'impuissance de leur police, les défaillances de leur justice, la corruption de leur administration. A force de dire aux individus: débrouillez-vous, on est peut-être entrainé à les laisser se débrouiller en matière de droit; et ils se débrouillent, en effet, à coups de revolver ou à coups de dollars. Mais examinons si directement ces deux fonctions, la fonction d'entreprise et la fonction de justice. se nuisent entre elles. M. Spencer invoque inductivement le5 tendances de l'évolution en faveur de la nonintervention de l'Etat et de l'affranchissement complet de l'individu. Mais c'est qu'il n'a considéré dans cette évolution que la diminution /1) On lit dans un rapport du D' Worms à l'Académie de médecine (commission. des épidemies), à la date du 4 nov. 1871 : << l1 faut que la loi sanitaire qui obligera 3 faire connaître les maladies épidémiques et à subir la désinfection, comme on est obligé de recevoir le secours des pompiers en cas dïncendie 1 soit votée le plus tôt possible. Il faudra ensuite que l'application des moyens prophylactiques soit considéree, au point de vue de la défense, comme une mesure d'armement, puisqu'ils garantiront 1'existence de-jeunes génerations plus nombreuses. »
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==