La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

Jl'STJCE ET SOCIALIS~IE tarifs discordants et inextricables, où le public se perd et perd son argent. Produit spontané, l'absurde système des mesures et monnaies an~laises, dont M. Spencer se plaint lui-même, et aussi, le fouillis indéchiffrable des lois anglaises. qui le révolte. A l'intervention officielle et artificielle au contraire sont dus le net et méthodique système métrique auquel les nations accèdent une à une, les codes clairs et définis grâce auxquels c'est la loi qui régit la jurisprudence, et non les précédents de la jurisprudence qui servent de loi. Produit spontané encore, la croissances des vieilles cités aux ruelles étroites et obscures, sales et tortueuses, où les maison, empêchent de voir la ville; entreprise publique au contraire l'ouverture des voies larges, aérées et salubres, bien ménagées pour l'utilité des communications comme pour le plaisir des yeux. D'une manière générale, M. Spencer semble d'ailleurs exagérer la distance qui sép«re le naturel de l'artificiel. L'artificiel, lui aussi, est un produit de l'évolution. La direction du cerveau est aussi naturelle que le mouvement réflexe. Les arrêtés d'un ministre, les votes d'un parlement, les décisions d'un conseil d'administration sont naturels, en un sens, aussi bien que les agitations sans direction d'une masse sociale dépourvue de tète. L'initiative privée elle-même n'obéit guère -à cette regle qui serait, suivant M. Spencer, celle du développement naturel des organismes : que les organes naissent, grandissent et disparaissent avec les besoins Est-il vrai qu'elle attende toujours les besoins pour les satisfaire et ne crée par suite aucun organe ni aucune fonction superflus? Une banque crée des agences pour avoir des clients plutôt que parce qu'elle en a. Un commerçant fait pour cent mille francs de réclame à un produit dont elle fait naitre ainsi le besoin qui ne préexistait pas. Qµ'arriverait-il d'ailleurs si l'on attendait que le public ait besoin d'instruction ou d'hygiène pour les lui offrir ou même les lui imposer? C'est un peu comme si l'on attendait qu'un enfant obligeât ses parents à le débarbouiller. Si l'Etat dev:rnce les besoins, on voit qu'en cela il ne fait guère autrement que l'initiative privée, mais il a des chances de le faire mieux, parce qu'il s'attache à des besoins plus généraux. M. Spencer professe au fond, en politique, une théorie analogue à celle qu'il admet en psychologie. Penser que l'adaptation social.- doit toujours suivre les évènements sans que jamais la volonté humaine puisse les prévenir et les dominer, sans que jamais l'idée les dirige, c'est revenir à la thèse qui fait de la pensée un simple reflet, un épiphénomène. M. Spencer ne serait-il pas l'homme du monde qui finalement croit le moins à l'initiative? Mais c'est peut-être trop parler de l'utilité (quoique M. Spencer l'invoque également) alors qu'il s'agit seulement de justice. L'Etat a-t-il le droit d'intervenir, et de poursuivre, lors même qu'il pourrait réussir à les atteindre, des fins d'utilité au lieu de restreindre son rôle aux fins de justice? Il faut d'abord faire avec M. Spencer lui-même la part du militarisme nécessaire. Mais le souci de la défense qui. de son aveu, rentre .au premier chef dans les attributions de l'Etat, s'étend plus loin qu'il ne semble le penser. Toutes les forces nationales n'importent-elles pas plus ou moins directement à la défense? L'Etat sera obligé de s'assurer la disposition des chemins de fer, des mines; il devra ménager des approvisionnements et garantir une certaine indépendance économique à la nation; il faudra qu'ii se préoccupe de l'instruction, qu'il veille autant qu'il est en lui au maintien du nombre et de la solidité physique

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