SOUTE~ECRS ET SOCTE~CS 23 Je suis allé offrir mes ~erviccs dans une maison d·exportation de l'industrie du vêtement d"homme; on n·a pas craint de m'offrir un travail dont la rémunération ne S'élevait pas au-dessus de I fr. 80 â 2 francs par jour pour un ouvrier de moyenne habileté ; il s'agissait d'une redingote habillée doublee de soie, dont la façon est payée (en bonne saison de 23 ào 2ï francs chez les tailleurs ordinaires, et pour laquelle on m'offrait ; francs sous prctexte d'abondance de bras. - Que voulez-vous donc que je mange en faisant votre travail ~ répondis-je au receveur. - Ah! ceci n"est pas mon affaire, c'est à prendre ou à laisser. - Mais je n'en veux pas. - Laissez-le d"autres le feront à ce prix. - Et vous, Monsieur ... que désirez-vous? dit le receveur à un homme d'aspect misérable qui venait d•cntrer a la réception et qui se trouvait derriêre moi. - Monsieur, répondit humblement le nouveau personnage inclin.mt la tête du côtC gauche et tenant son chapeau cras;,eux de ses deux mains, dans l'attitude d'un mendiant, je venais vous offrir mes services pour l'habillement de ceremonic. - Nous avons notre personnel et de nouveaux ouvriers nous sont inutiles. - Mais vous venez d'offrir à ce monsieur, qui l'a refusée une redingote à faire pour 5 francs. - Ah ! c'est que cet ouvrier est connu, et de plus il nous est recommandé. - Donnez-moi votre redingote, je vous en prie, monsieur le receveur, je vous la ferai pour 4 fr. 50 seulement. Je me retournai indigné. - Vous êtes un misérable, lui dis-je, avec véhémence. Comment vous n'ignorez pas que les (llalheureux qui se livrent à ce travail ne peuvent pas en vivre, et vous avez assez de cynisme pour venir vous offrir de le faire au rabais! Vous ~vez donc des rentes, vous ? Le malheureux pâlit en s'asseyant sur le banc de bois de la réception, et me répondit ceci : - Si vous :,aviez ce que l'on souffre lorsque l'on n'a pas mange depuis quarant-huit heures, vous ne me parleriez pas aussi durement. J'étais navré et je lui fis des excuses. Le receveur tira une pièce de deux francs de son porte-monnaie, la mit dans son chapeau, et fit le tour de la salle de réception dan"' laquelle étaient une quinzaine d'ouvriers d'exterieur délabré qui attendaient leur tour. Quelques sous vinrent :-e joindre à la pièce blanche du receveur, qui s·empressa de rcmettrr le tout à l'ouvrier sans travail en lui disant • « Il est heureux que le patron ne soit pas ici en ce moment, car, en vous entendant proposer 50 centimes de rabais sur la façon des redingotes, le prix serait descendu à 4 fr. 50 pour tout le monde. ,> L'homme affame remercia avec effusion et sortit rapidement. Allez donc parler de la loi de l'offre et de la demande à cet homme là. Voici un autre fait venant il l'appui de ma thèse : Ce que je vais vous dire est extrêmement intéressant et mérite toute votre attention. Voici: Au moment de l'invasion allemande, en septembre 1870, les usines se sont fermées à peu prés complètement dans les pays envahis, c'est ainsi que les fabriques de tissus qui existent à Saint-Quentin et dans les environs de cette ville cessèrent de produire et renvoyèrent leurs ouvriers. Les travaux suspendus, la misêrc fut grande dans ce pays où lïndustric des tissus est l'unique ressource des travailleurs. Cependant, quelque temps avant l'armistice, quelques usines rouvrirent leurs ateliers et un tiers à peu près de la masse totale des ouvriers inoccupés y rentrer~nt. les deux autres tiers erraient par les rues, attendant leur tour, mais la detrcsse les força à aller offrir leurs bras au rabais aux gerants des usines ouvertes; ces derniers les acceptèrent, en renvoyant les premiers ouvriers d'abord entrés. C'est ainsi que la misère forçant les ouvriers à se faire concurrence entre ~ux, poussés qu'ils étaient par la faim, qu'il faut satisfaire à tout prix, ils en étaient arrivés
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