La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

,Jt:STlCE ET SO<'B LIS)lE 273 point de vue de l'utilité. On a pu faire sans peine l'apologie de ce régime tant qu'on l'a comparé, comme l'ont fait les économistes, au régime de la réglementation autoritaire et artificielle. Mais ces inconvénients apparaissent dès qu'on les compare à un régime de coopération. On voit alors qu'il n'est pas le moyen d'obtenir des forces productives de la société le maximum d'effet. et l'on en vient à croire que la communauté prenant en main elle-même la poursuite du bien commun l'atteindrait plus sùrement que ne le peut la poussée incohüente des intérèts privés Ceux-ci, soit par l'avarice. snit par le luxe, qui ont plus d'un effet semblable, immobilisent et stérilisent une s.:imme excessive de richesses qui, mises en circulation, profiteraient a tous. On laisse en friche des terrains acquis pour attendre le rnor1,ent de les vendre cher. sans avoir à s'imposer les frais de l'exploitati0n. Tantôt on ltmite volontairement la production pour faire hausser le prix, ou l'on achete des mines qu'on ne peut expbiter pour supprimer la concurrence ; tantôt, au contraire, au gré des circonstances, on se livre à une exploitation à outrance qui compromet les intérèts de l'avenir. e parlons que pour mémoire du débordement de la réclame, des promesses des prospectus qui frisent l'escroquerie. de l'émulation dans le concours de camelote. On se plait à railler les bévues de l'Etat, et l'on fait l'apothéose de l'initiative privée. Certes, il ne faut ni la dédaigner ni la décourager. Mais enfin l'initiative publique a ses bons côtés et tout n'est pas à admirer dans l'entreprise privée. N'y a-t-il que les locomotives de l'Etat qui dc:raillent, que les vaisseaux de l'Etat qui sombrent, que les ponts construits par l'Etat qui s'écroulent? Faites donc aussi le bilan des m.:comptes privés H des ruines dues à l'ignorance des indi,·idus. Est-ce l'Etat qui a englouti les milliards à Panama? On ne veut pas mettre en ligne de compte les désastres privés sous prétexte apparemment qu'ils ne frappent que ceux qui s'y sont expos.:s. Comme si finalement il ne se répercutaient pas aussi bien sur la société entiere, et cela même avec plus de dommage au total, parce que le choc ne se répartit pas aussi uniformément dans la masse et qu'il produit dans la machine sociale des à-coups qui peuvent la disloquer ,iravement ? A tout prendre, l'Etat peul 111.1/ faire, mais il n'est pas i11tér,·ssé à mal faire, comme le sont souvent les particuliers. Pourquoi emploierait-il à ses voies des rails de mauvaise qualité? Pourquoi ferait-il des ponts sans résistance ? li ne craint pas la concurrence, et n'a aucun avantage à économiser aux dépens de la valeur du résultat. On sait au contraire quelle est la réputation des chemins de fer américains construits et exploités avec la constante préoccupation de gagner le voisin en vitesse et en bon marché. II est vrai que pour les mêmes raisons on accuse l'Etat de produire dans des conditions onéreuses, justement parce que ses agents ne sont pas intéressés. Mais d'abord on ne voit pas que le stimulant de l'intérêt privé agisse beaucoup davantage sur les agents d'une grande compagnie, sur un chef de gare, et un ingénieur, sur un employé de chemins de fer. s~ privera-t-on pour cela des avantages des grandes asso.:iations des capitaux? Pour voir l'intérêt privé agir dans toute sa force, il faudrait en revenir à la production purement individuelle, c'est-à-dire, en somme, presque à la sauvagerie économique. D'autre part, on peut, comme dans les grandes compagnies, combiner un système de primes, d'avancement, etc., qui maintienne dans la mesure nécessaire l'excitation de l'intérêt personnel. On peut remarquer enfin que l'Etat obtient à très bon marché B

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