La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

JUSTICE ET SOCIALIS)!E 2ïl revanche le public trouve aisément des salaires élevés pour des danseuses, des ténors de café-concert, des montreurs de monstruosités, et l'on a vu deux hommes se disputer devant les tribunaux, comme une source de revenus. le titre d'artiste-tronc. Ainsi la loi de l'offre et de la demande aboutit dans un r.ombre de cas à remplacer la ré111u11ératio11 du travail par le ranço1111eme11t des besoins, dans nombre d'autres à rémunérer le travail et l'habileté en raison de leur rareté et non en raison de leur 11/tlitésérieust et véritable. En conclusion, la libre concurrence ne saurait suffire à réaliser la justice. Elle est un pis-aller. souvent nécessaire à accepter, mais non un idéal. Les bases et ses conditions actuelles ont besoin d'être rectifiées. L'important est que cette rectification soit opérée par la réforme des instructions et non par des interventions exceptionnelles dans les cas particuliers. La justice, comme le Dieu de Malebranche, ne doit agir que par volontés générales. Vouloir la rétablir en corrigeant les résultats du régime existant sans corriger le régù11e lui-même, ce n'est pas ~eulement faire une œuvre instable et sans fondement, c'est ruiner le principe même de justice sous prétexte d'y conformer les événements. Les interventions accidentelles ( 1) sont comme la monnaie d'une révolution. Le socialistes les mieux intentionnés et les moins révolutionnaires l'oublient quelquefois. Quiconque aspire à fonder un ordre social nouveau ne peut sans contradiction ébranler Je fondement d'un ordre social quelconque, c'est-à-dire le respect de la légalité. Dès que la loi n'est plus uniquement fondée sur la force, ses imperfections n'appellent plus l'emploi de la force ; reposant sur le principe de la justice, elle ouvre elle-même la porte à une plus haute justice. li. - CONCURRENCE ET COOPÉRATION SOCIALE. Toutes les observations précédentes aboutissent à cette conclusion, que, pour sortir des difficultés signalées, il serait nécessaire de substituer progressivement la collaboration à la concurrence. La concurrence, étant un combat, n'est peut-ètre qu'un régime de barbarie économique comme la guerre est un régime de barbarie politique. A la lutte des hommes entre eux,il faudrait substituer la lutte en commun des hommes contre la nature. ou, suivant la formule saint-simonienne,l'exploitation collective du globe à l'exploitation de l'homme par l'homme. li nous semble que c'est là ce qui constitue la véritable essence du socialisme. M. Spencer (il est vrai que son livre ne traite que de la justice) semble considérer la société comme un fait essentiellement négatif: étant donné que l'homme est bien forcé de vivre en société, quelles sont les exigences auxquelles il doit se plier, et comment les rédùire à leur minimum ? Pour les socialistes, elle est au contraire un fait essentiellement positif: l'homme étant heureusement un être sociable, quels sont les moyens de tirer le meilleur parti possible de l'état de société et de mettre à profit cette gigantesque association qui s'appelle l'Etat? (1) Par exemple les secours votés par une municipalité pour soutenir une grève à l'aide de fonds que les contribuables n'ont certes pas destinés à cet usage. Pourquoi une autre municipalité n1indcmniscrait-elle pas Jes patrons ? Cela serait moins humain sans doute, et surtout moins politique, mais à peu près aL.ssi légitiinc.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==