22 LA REY{;E SO<'IALISTE de Roubaix. Il parle des tisseurs (qui représentent 55 % de la populalation ouvrière de cette ville) et dont le salaire ne s'élève qu'à 15 ou 16 francs par semaine et des fileurs dont le travail beaucoup plus pénible ne rapporte que 20 à 25 francs par semaine, et il ajoute : (( Mais ces deux corps de métiers sont sujets à de nombreux chômages. » - Il signale plus loin la situation pénible des malheureux que les arrèts intermittents de !"industrie réduisent presque à la mendicité, qui sont obligés de demander à leurs fournisseurs un crédit payé fort cher (20 à 30 1/, au dessus du prix ordinaire) - (( Nous avons, dit-il. des (( cercles bien pensants, .:omme on les appelle, et ceux qui n'en font ,( pas partie ont beaucoup de peine à trouver du trmuil quand les (( affaires ne marchent pas. » Ecoutons ensuite le citoyen Pessy, délégué de Besançon: (( L'Agri- (< culture manque de bras, les villes en ont trop: double motif qui « augmente la misère des ouvriers ... Le trop grnHd l!0111bre d'ouvriers « dans les villes permet aux patrons entrepreneurs de disposer à leur (< gré des prix du travail: ils n'hésitent pas à prendre les travaux à ,< n'importe quel prix; ils trouveront toujours trop d'ouvriers pour « les exécuter. » Le citoyen Dufau, de Bordeaux, demande la suppression du travail dans les prisons et de celui des militaires dans les travaux agricoles et les ateliers. (< Les soldats sont nos frères, et par conséquent ne doi- « vent pas nous empècher de gagner notre pain. Souvent à l'atelier (< un militaire tient la place d'un père de famille. » Le citoyen Dupire, ouvrier tailleur, a traité spécialement du chômage et de sa suppression. Voici quelques passages de son discours: C'est le chômage prolongé qui .imène la misère au foyer du travailleur ; c'est le chômage qui est runique cause de l'avilissement des salaires ... ; c·est encore le chômage qui produit ces découragements et ces defaillances que nous constatons avec tristesse ... La crainte du chômage parJ.lyse l"esprit de solidarité ... Il n'est contesté par personne que l'introduction des machines dan~ la fabrication industrielle a apporté de profondes perturbations dans le travail. Il est évident, en effet, que les machines remplaçant les bras obligent les travailleurs à chercher un nouvel emploi de leurs bras dans une autre industrie, jusqu·au jour où une nouvelle découverte les déplacera de nouveau et les forcera a chercher ailleurs un travail manuel, ce qui augmentera le nombre déjit trop grand des bras dans les industries où ils se refugieront. De sorte que l'on peut aflirmer sans crainte d'ètre démenti, que l'offre des bras du travailleur excède toujours et de btaucoup, la demande qui en e~t faite ... Il est prouvé que Je chômage annud frappe au moins un ouvrier sur quatre, en d"autres termes que l'ensemble de la production annuelle n·occupe que les trois q11art1des bras disponibles et que le dernier quarl reste inoccupé J.:zulede lrav:iil ... Le travail manuel etant en concurrence avec celui de la machine détermine l'avilissement des salaires generaux ; l'abaissement des salaires ne permettant plus à l'ouvrier de vivre du produit d'une journée ordinaire. il est obligépour arriver à mettre les deux bouts ensemble, d'augmenter le nombre des heures de travail ; il est obligé de faire en un jour le travail qui nécessiterait l'cmp!oi de deux. journées normales ; obligé de subir la concurrence de la machine. il fait comme ccllc•ci, il produit rapidement et c·est précisément cette production rapide qui détermine le chômage gcnéral.
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