La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA REVCE SOCIALISTE Carville, rœur de flamme et visaire rie pierre Inrarna seul Danton, Carnot et Rnbespierre JI fut Mmolisseur et sauvl'ur jusqu'au bout. La tempête laissa re co:osse debout. JI s'agitait, battu de visions ~uper).1e~, Et. rois de cent tl'Ïbuns, chef <le soldat• imberbes, Il marchait dans la mort comme sut· son chemin. Le po~te a enl'eloppé toute l'histoire ùe la Révolution, depuis les. Etats-Généraux jusqu'au 18 brumaire, en un récit de belle allure, mais il a su éviter, d'aillPurs, de donner une importance trop grande à ce récit, estimant arnc raison que le drame révolutionaire était par lui-même assez. tragiquement beau. A la Rérnlution, Carville sacrifie tout: justicier inexorable, mème se., meilleurs amis, mème .Jordan, son disciple, l'époux de sa fille adoptive, Arachné. Ce n'est pas la douceur, les tendresses qu'il faut, le temps d'Athènes n'est pas venu, c'est Sparte qui doit régner. A Jordan qui demande ln g1·âced'un savant, Carville répond par ce cri révolutionnaire, ardent, fougueux, - le passage est d'une trop rare éloquence, pour quenous ne le citions pas tout entier ; - Sais-tu bien, cria-t-il, cc qui se lève en moi, C ,•st touL le moyen àge acculé dans l'effroi, La main-morte, le cens, la taille, la i;!al>elle, Le serf blême, suant sur la terre rebelle; C'est Marcel le prévôt, c'est Artcvelù le brasseur, Chaque g~nie en marche et chaque redresseur Qu'ont l'loltrés ou tués les inajesttls sacrees. C'est Courtrai dont j'entends encore les voies navrêes Mis à sang, sac et feu par Charles-Six enfant; C'est Azincourt après Roshecq t1·iomphant, Le sol qnc les soudarts ra,·agem·s laissent glabre, Les nevrosés dansant une t·onde marabre. L'alarme, cent quinze ans, jetëc au champ gasron Les spcrtr•s balancés aux rrors de ~lontfaucon Jacques-C.-rnr Pnrhaintl. la pucelle b1ùlée; L'esprit humain mnq~inr sous l'oml,re accumulée Que projette le pape et que double le 1·oi. Les l'ada\'t·es seerNs dont l'eau fait le charroi; La Saiut-Barthi!lcmy. gigantesque marty,·e, Les fuyards aux abois sur qui Charlrs IX tire, Les révoltés roui<~.les paysans pendus; Les peu pies achetrs et les peupics vcnùus. l'.:'est l'épouvante ent1·ant toujours par quelque po,-te, C'est lP pays sentant la rltair humaine morte? l'e qui se lè\'e en moi? Ce qui frémit en moi? C'est tout ce qu'on a mis h01·.,l'église et la loi. Tout ce qu'ont viol,<la fot·l'e et la conquête, Tout ce 11ued'hommes purs enfouis sans enquête, La Ba,til e a gardé jusqu'l'I leurs cheveux blancs, Tout ce que l'on a vu passer d'ètres tremblants; Tout ce que, des rc,·oins de la gl~be et du bouge, Le donjon a fait noir et le n1Purtre a fait rouge 1 Ce qui se lè\'e en moi, Luc? Ce sont les affronts ne l'avant-dernier règne encore chaud ~ nos fronts 1 ;,;'ous~ommes les maudits de huit siècles funèb1·es Emer.-.eant à la fois brusquement <lesténèhres, Cette 11eurc où l'on entend tirer tous les verrous, Sonne les libe1·~s. mais aussi les courroux. Ce fiel désespéré dont ma poitrine est pleine, C'est l'amoncell~mcnt <lehuit sièl'les de haine. Et si ma voix rugit comme en mer les grands flots. C'est. qu'elle jette au ciel huit cents ans de sanglots 1

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