La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

211 LA REVGE SOCIALISTE Pas davantage, hâtons-nous d'ajouter, on n'a compris que !"absence d'une conception synthétique et rationnelle des choses est imputable à la dispersion des volontés, à la dépression des caractères, à la diversité et au rapetissement des buts, qu'engendre l'antagonisme des intérêts et non pas à une prétendue insuffisance de la sci~nce moderne toute perdue qu'elle soit dans ses analyses que n'humanise aucune générosité, que n'inspire aucune préoccupation synthétique. « Le monde, nous enseigne Berthelot, est aujourd'hui sans mystères ; la conception rationnelle prétend tout éclairer et tout comprendre, elle s'efforce de donner de toutes choses une explication positive et logique et elle étend son déterminisme fatal jusqu'au monde moral.» 1a possibilité scientifique d'une synthèse cosmologique, en harmonie avec les connaissances humaines, étant ainsi reconnue par un savant illustre, sans qu'il soit nécessaire J'insister davantage : nous avons à nous demander. pour aller au bout de notre démonstration, si la philosophie contemporaine fournit les éléments d'une morale capable de donner satisfaction aux plus hautes aspirations, aux plus nobles élans et aux plus exquis sentiments de justice et de bonté, des. meilleurs esprits de ce temps. La réponse affirmative ne saurait, non plus, être douteuse. Il y a plus d'un siècle que Kant a posé ces deux axiomes de morale qui contiennent presque tout: 1. - Agis d'après des règles et des mt1xù11estelles que ftt puisses vouloir qu'elles soient érigéesen lois gé11ér.ilepsour toi et pour les autres bo111111es. li. - Ne traite jamais les êtres raisonnabks, toi-même, oit les autres, comme de simples 111o_yc1p1os,ur des fins arbitraires, mais co11111d1ees fins en soi. Il y a plus d'un siècle également, que Bentham, après avoir fait sien ce beau motif moral de Priestley : le plus grand bonheur du plus grand no111bre, l'a complété magnifiquement, en sa Déo11tologie, par cet admirable commentaire : Ce que 11011psroposons, c'est d'éteudre le bonheur partout où respire u11 être capabk de le goÎtfer; et l'action d'une âme bienveillante ,;•est pas li111itée à la race b11111aù1ec,ar si les animaux que nous appelons inférieurs. 11'011t aucun titre à uotre sympathie (ou compatissance),mr quoi do11cs'appuieraient les titres de uotre propre espèce. La chaîne du devoir enserre la créatio11sensible tout entière. Le bien-être que nous pouvons départir aux animaux est intimement lié à celui de la race bumai11e, dans son ensemble et celui de la race bumai11e est i11dispe11sabldeu nôtre. A de plus hautes sphères ne pouvait s'élever la morale altruiste. Auguste Comte recommandant d'aimer pour penser, de penser pour agir_ et de vivre pour autrui; Schopenhauer, en disant que l'altruisme et la pitié sont leprincipe de toute moralité, n'ont fait que préciser la pensée de Bentham.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==