La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LCXDIS SOCI.\LISTES 213 Combien plus zélé et plus irréductible est le militant socialiste qui a conscience de travailler, de souffrir et de combattre pour un complet renouveau du Genre Humain. 11porte, cet homme de demain, il porte dans son cœur la plaie saignante de la douleur uuiverselle ; il sait qu'en nos temps troublés. la seule vie qui vaille la peine d'être vécue, est celle de l'homme qui participe au grand œuvre des novations réparatrices. Si le décour:igement et le doute l'effleurent quelquefois, il est vite réconforté, lorsque, plongeant, par la pen,ée, dans l'avenir socialiste, dont il est un <les humbles ouvriers, il voit en espérance une Humanité majeure s'élevant, par la science, la solidarité et la liberté à un plan splendide d'excellence morale, de puissance sur la nature, de bonheur individuel et collectif. Alors il se dit qu'il vaut la peine de saigner aux ronces du chemin, d'affronter la misère, d'ètre abreuvé <l'outrages, d'etre meurtri par la persécution et même de mourir à la peine. pour que les félicités que dorent ses songes d'avenir soient bientôt départies aux enfants de la terre. Ill. - LA QUF.STIO:'.< MORALE ET I E SOCIALISMF. La cause du dbarroi moral risidc da,is lts ù,iquitis sotialts .- la scitnu el la pb,losophie sot:/ asse, at•.rncits pour permettre fi/aboraliou d'1111SeJ"nlbtsc osmo/ogiq11t et la formulali.ond'une itbiq,u t1ouvtllt co11formt auxasp,r,1/io,u dt /'ililt hrm1..1mt.- PrtUt'tS dt celle aJJirm:ition : c·esl des coujlits soc,~ruxque t•ienl fobsl11dt; il [iwl lra11sformtr les instilutio11s pour ,·ituwer les mœurs. On a beaucoup gémi sur ce que, déjà en 184;, Auguste Comte appelait« notre déplorable situ;,tion morale,,, sur le cortège d'iniquités et de souffrances évitables qu'elle entraine, sur la persistance anormale des anciens dogmes dont l'absurdité est depuis longtemps <lémontrée. On a regretté aussi le manque vivement ressenti d'une synthèse scientifique quelconque, d'une foi démontrable, en un mot, d'où découlerait une morale individuelle et sociale digne de ce nom. Mais, si l'on a constaté le mal, on n'a indiqué ni la cause ni le remède. On n'a pas voulu voir que la persistance des anciens dogmes -condamnés pourtant, par la science et la conscience moderne, s'expli- .que par le fait que ces dogmes sont généralement (je salue les exceptions d'autant plus méritantes qu'elles sont plus rares) tombés à l'état • de justification tentée des vieux privilèges, qu'ils servent de drapeau aux coalitions rétrogrades contre les militants du progrès, de la liberté et de la justice; qu'au total ils vivent des conflits politiques -et sociaux qui sont le propre du système capitaliste.

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