La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

C.IBET ET LES ICARIEè\S 203 est probable que les phalanstères, vus d'un tout autrcœil, parce• que le capital y tenait unC' honorable place, auraient pu SC' développer en liberté, si la rérnlution de 18-18 n'était brusqnPment sunenue. :.lais jamais l!' communisme icarien n'aurait pu vaincre d'insurmontables répugnances; jamais il n'aurait l'.•té toléré. Trop de prl'.•jugéss'{•levaient contre lui. A 1847, Cabet le comprit parfaitement et proposa à ses prosélytes une grande émigration dans les Etats-Unis d'Aml'.•rique. Cet appel fut entendu. Cent mille Icariens, hommes et femmes, Youlurent aussitôt sortir: malheureusement ils appartC'naient presque tous à la partie la plus pauvre de la population. Un très petit nombre avait de quoi payer les frais de voyag-e. Unepremière aYant-gardE', composée seulement de soixante-neuf individus s'E'mbarqua au I-Iànc le 3 février 1818. Quelques jours à l'avance, Cabet ne prévoyait pas la mémorable révolution qui allait éclater et dont il avait élé,ùc longue date le promoteur comme carbonaro. comme député, comme journaliste et comme pamphlétaire. La république, objet constant dl' son amour et de ses vœux, arrivait à grands pas et devait, néanmoins comme il nous rapprend, renverser tous ses plans, toutE's ses combinaisons, toutes ses ressources et toutes ses espérances. Le gou1·ernement tombe dans les mains de la nnance républicaine qui a horreur du socialisme: elle reçoit provisoirement dans son sein Louis Blanc et l'ouvrier Albert, mais c'est pour c11 écarter Cabet. La malveillance s'attache à propager la légende qui fait <lC' ce dernier le croquemitaine de la bourgeoisie. A quatre reprises c'est-à-dire au lî mars, au lû avril, au 1:5 mai et au 21 juin 181.8, il est dénoncé comme chef reconnu d'une secte sanguinaire, aspirant à la dictature, tenant les honnêtes gens en échec et prL\t à inaugurer un nouveau 93. Au 16 avril notamment, on se raconte qu'il est au Champde-Mars, monté sur un cheval blanc A la tète de 300 insurgés. Le bruit prend de la cousis tance. Les réaction naires le propagent avec soin et animent la fureur insensée de la troupe et ·des gardes nationaux, qui se mettent à parcourir les rues en brandissant leurs ar(Jles, avec lC'scris:« A bas lesCommunisles t Mort à Cabet 1 » En même temps on porte un cercueil dde avec son nom en toutes lettres, et si le prétendu dictateur avait été rencontré, par hasard, l'ignoble farce se changeait en tragt'·die. Le 15 Mai, son domicile est violé. Sa femme et sa fille sont en butte aux menaces pour découvrir de~ armes qu·il aurait C'II dépôt et qui ne se trouvent nulle part, après nne fouille de la c·ave an grenier.

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