La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

202 LA REVUE SOCIALISTE monarque qn'ayec une république. Le communismequïl prêche se traduit par des asrnciations d"un petit nombre d'individus, absorbés dans leur sphère étroite au point de se désintéresser de la vie générale du dehors et ne demandant qu'<'Lvivre de leurtraYail, d"apri>s des règlements plus ou moins monastiques. Toutes ces associations ont le même caractère que les lamaseries et les couvents. Formant de petits mondes isolés, elles ne sauraieut influer activement sur le monde extérieur. Loin d'être dangereuses pour la stabilité de quelque gouverne1J1ent que ce soit, républicain, monarchique ou même despotique, elles le débarrassent des esprits inquiets et mécontents mieux que lec; prisons et les bannissements, car, comme la mort, le communisme ne rend pas ceux qu'il a pris. De même que le moine ou la religieuse, le communisme n'apparfü•nt plus à la société vivante et agissante, qui, - par conséquent - n'a pas s·en inquiéter. li.lais, Cabet, lorsqu'il tentait de rassurer le gouvernement de Juillet sur l'inocuité de son entreprise, ne le rapetissait pas à sa valeur réelle: celle d"un couvent et d'une lamaserie avec une Yie moins contemplative et plus laborieuse. Si 11carie, dans ses brillantes espérances se présentait à lui comme une simple cellule, i, sa naissance, il croyait que d'autres cellules viendraient rapidement s·adjoindre ,L celle-là et former une ruche immense, occupant bientôt toute l'étendue de la France et plus tard toute l'étendue des deux hémisphères. La loi du vrai bonheur élait trouvée: comment supposer qu'il y aurait des hommes assez ennemis d'eux-même pour s'y dérober? Tous y accourraient les uns aprè., les autres, et les rois constitutionnels, sous la tutelle desquels l.e système fédéral aurait grandi, comme le banian des Indes, ne seraient pas les derniers à venir chercher sous son ombre, l'imperturbable félicité qne n'accorde jamais l'éclat du trône. Beau rêve! Mais Louis-Philipp8 n'avait pas lu le Voyage en Icarie. Il en connaissait l'auteur par un livre qui était un terrible acte d'accusation contre les premières années de son règne, et par son opposition acharnée aux fortifications de Paris, érigées en vue de la guerre étrangère mais destinées, en attendant, au maintien du statu quo intérieur. Permettre un essai de communisme à lïncorrigible démagogue, c'était lui fournir une cohorte de sicaires et une formidable armée. Lïdylle n'était qu'un prétexte à un drame sanglant qui engloutirait la monarchie. Voilù jusqu'où allaient les folles terreurs du pouvoir l Le fouriérisme n'éveillait pas, chez lui, la même méfiance et il

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