La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

L.\ nt:POPt:LATIOX DE LA FRAX('E HIO n·a Ir pouvoir de supprimer, d"anéantir 1111 grain dr re ~01quïl croit à lui, un centime de cc numéraire qu'il <'llfouit ûu quïl gaspille. Que, de la forme individuelle, la propriété I asse à la formr collectiYP, lr droit d"use,· reste entier, pour chacun de nous, à des conditions d'équilt• Pt de justice à déterminer. Qu'esi-cc donc qni disparait? Le droit, d"olJ11se.1· •Je demande où est le moraliste, où est l'économiste, où est l'homme d'Etat, qui osera dire tout haut que le droit d'11lmse1· est un droit social? Cc serait en rffct, la nl'.•gation de toute morale, de toute l'.·conomic, de tout ordre politique. Que fait le voleur, que fait l'escroc, que fait l'assassin? fis abusent. Eljc défie bien, - le droit d'abuser étant admis, en principe. - de le limiter d"une manière exacte et rationnel!e, puisque justement ce qt,i caractéri"c !"abus, c·cst qu'il est réfractaire à toute limitation. On dira peut-être : 'l'ous ces changements profonds dans !"ordre social sont encore bien loin par delù. !"horizon des prévisions humaines. Qu·en S..'l\·ez-\·ous?Qui aurait dit, il y a vingt ans, il y a seulrment dix ans, que les idérs socialistes en srraicnt an point de réalisation où elles sont parvenurs? On ne les discutait même pas, on les traitait de billc\·e~éè~ ou d'utopies. Elles sont actuellement ,l rorùre du jour de lou~ les gouvernement,-, de tous les peuples, de tous les partis politiqurs. Elles dominent tout, mêmr les querelles de nationalités, nH•me les préoccupations diplomatiques. Elles ont. en effet, cette supériorité sur les théories politiques, de n·t•tre pas particulières it tel on tri pays, mais d'êtrP avant tout hu11inines, d'embrasser dans une mi•m(' foi et dans une même espérance le vieux mondr aussi bien que le nouveau. Bien aveugle celui qui ne voit pas quelle puissance. quelle force, quelle vie contient une doctrine capable de rallier sur tous les points dn globe, des millions de travailleurs à la télc desquels marche l'élite des penseurs, des littérateur_,,, des poètes de toutes les nations. Cc ne sera pasdemain, ce nC'sera pa!,'.apt·ès demain, ce ne sera pas dans un an, cc ne sera pas dans dix ans. Soit. ;,lais cela. sera, parce que cela doit être. Cela ne sera pas demain ni l'an prochain, ni avant le siècle qui arrive. Quïmportc? L'essentiel est qur chaque jour, fatalement, nous r:ipproche de cette révolution nécc saire, que peutêtre nous ne verrons pas, mais que sùrcment nos enfants verront. Le progrès humain est lent, ou du moins parait lent à nos yeux, parce que notre vie est trop brève pour que nous puissions objectivement en mesurer la vitesse.

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