L.\ DÉPOPt:LATION DE LA FRAXCE 191 ques et économiques, de s·appliquer, par dessus tout, à en faire pénétrer le sens, à en développer les enseignements, à en prati- <J.uerles règles dans leur propre conduite, privée, domestique et publique. Certes il serait désirable que les riches, qui se prétendent les conservateurs par excellence de l'ordre social, prissent cons- <:iencedes devoirs impérieux que leur impose leur situation ; qu'ils considérassent qu'ils sont plus obligatoirement tenus que les autres citoyens à donner de haut l'exemple des vieilles vertus familiales et civiques, et non pas celui du dérèglement, de l'égoïsme et de la fainéantise; qu'ils comprissent, notamment, que leur criminelle infécondité prépare et hâte le suicide mème <le leur classe, son extinction prochaine; et que, à coup sùr, se brûler la cervelle ou se laisser mourir d'inanition n'a jamais passé pour un acte de véritable conservation. l\lais qui donc est en mesure d'exercer sur la classe dirigeante une assez grande influence morale pour lui donner ces enseigHements, - pour son propre salut, en somme, beaucoup plus que pour le salut national? C'est elle qui, par ses clergés, ses académies, sa magistrature, son gouveroement, détient le pouvoir moral officiel. Elle a la garde - et elle s'en vante - de la Morale, de la Religion, de la Famille, au même titre que de la Propriété. Qu'elle s'enseigne donc elle-même, si elle le peut, et s'il en -0st temps encore 1 .Maisà ce peuple auquel on n'a plus la ressource de promettres les béatitudes célestes en récompense de toute une vie de misère; à ce peuple, qui a faim de justice encore plus que de pain, et aux réclamations duquel l'égoïsme bourgeois n'a su jusqu'à ce jour répondre que par cette cruelle ironie: <( Enrichis-toi »; à ce peuple dont ceux qui l'exploitent 11'ont jusqu'à présent flatté que les instincts les plus bas et les plus brutales passions; à ce peuple, bête de somme qui porte tout le poids <les institutions sociales et qui n'aurait qu'à secouer son échine pour faire tout tomber autour cle lui: à ce peuple-là, violent mais généreux, il faut enseigner que la suprême justice, c'est la suprême bonté ; qu'il ne sera réellement fort et invincible que lorsqu'il aura ouvert son âme aux sentiments de solidarité, <lefraternité, d'humanité.
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