La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

JOO LA REVUE SOCIALISTE « Dans tout état normal de l'humanité, chaque citoyen constitue réellement un fonctionnaire public, dont les attributions plus ou moins définies déterminent à la fois les obligations et les prétentions. Ce principe universel doit certainement s"étendre ù la propriété, oit le positivisme voit surtout une indispensable fonction s0ciale, destinée à former et administrer les capitaux par lesquels chaque génération prépare les travaux delasuivante. » Et Auguste Comte couronne sa doctrine par cette formule que toutes les écoles socialistes peuvent admettre : « La richesse est sociale dans sa source, et doit être sociale <lans sa destination. » C'est ainsi que, préparée et constituée par la philosophie moderne, héritière des anciennes philosophies, la science sociale, après avoir dégagé les lois économiques qui déterminent les rapports civils des hommes entre eux, découvre les lois morales qui sanctionnent et légitiment ces rapports. Car - comme le dit très bien M. Guyau (1), « les lois morales sont en grande partie l'expression des nécessités mêmes de la vie sociale, et la généralité de certaines règles tient à l'uniformité de la vie sur la surface du globe. » Or,les nécessités de la vie sociale de plus en plus démontrent que nul individu ne peut subsister sans l'indispensable concours de l'ensemble de ses semblables; de même que nulle vérité ne pourrait se concevoir sans le concours intellectuel déjà réalisé des sociétés antérieures. Qu'est-ce que le présent'? L'intermédiaire passager entre le passé et l'avenir. Qu'est-ce qu'une société? C'est une association d'hommes vivants, ayant recueilli l'ensemble des richesses intellectuelles, morales et matérielles laissé par l'immense succession des générations mortes, pour le transmettre à son tour, intact sinon accru, aux générations à venir. << Vivre pour soi » est une monstrueuse impossibilité, car on ne peut vivre exclusivement par soi. « Vivre pour autrui» : telle est la suprême règle morale, car on ne peut, en réalité, vivre que par autrui. Tels sont les principes fondamentaux de la morale sociale; telles en sont les bases réelles, scientifiques, démontrables et démontrées. Ce principe, il appartient à tous ceux, penseurs, hommes d'Etat, écrivains qui se donnent ou acceptent la redoutable IPÏSsion de diriger les masses vers la conquête de ses droits politi- (l} Irréligion de l'Aveni,·, p. SJ.

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