184 LA RE\.t;E SOCIALISTE Les syndicats de communes permettront peut-ètre à l'agriculture française d'employer à la culture les machines, les instruments nécessaires pour en tirer, à moins de frais, plus de produits. L'organisation dn crédit aidera peut-être le paysan à se tirer des griifes de l'hypothèque qui le ruine et le tue . .\fais ces remèdes sont bien incertains. Parce que le crédit sera fourni par des banqucs privilégiée;; au li~u de l'être par des banques particulières ou par de simples capitalistes, ne faudra-til pas toujours que lïntérêt soit payé? Et qui donc fixe le taux dïutérêt du capital, sinon le capital lui-même? Au lieu de souscrire des obligations pardevant notaire, le paysan souscrira des billets. La facilité apparente du crédit le pous1>eradavantage à emprunter, à s'endetter. Mais l'échéance des billets est aussi fatale que celle des contrats hypothécaires. Et au bout de cette , échéant:c comme au bout de l"autre, il y a toujours l'expropriation.par le prêteur, c'est-à-dire par le capitaliste. Quant aux associations de communes, sous la chape de plomb de notre système administratif, je ne crois guère à leur vitalité. ~Iais, d'ailleurs, comment ne voit-on pas que le jour où les associations communales pourront se constituer; où le travail agricole s'eflectuerait à l'aide de machines ou d'instruments appartenant à l"ensemble des propriétaires syndiqués, ce.serait le premier pas vers la collectivisation des propriétés individuelles? Ce que j'ai vu dans certains pays de propriété, extrèmement diviséè et de petite culture, c"estceci: Un paysan plus riche que ses voisins, c'est-à-dire disposant de quelques avances, achète une machine à battre, une machine à herser, une charrue à vapeur. Il s'en sert d"abord pour ses propres champs. Puis, il s·en va chez ses voisins, et moyennant rétribution, il laboure, herse, bat, pour leurs propriétés. Cette industrie lui rapporte :issez pour qu'il ait bientôt amorti le prix d'achat de se;; machines. Le voilà donc, dès lors, à la tète d'un capital qui ne lui coute plus rien, et à l'aide duquel il prélevera sur ses voisins une dime féconde. Avec ses bént'.•fices,il s'arrondit, achète des terres, augmente sa propriété, prète à hypothèque ou par des billets, drvie11t le gros bonnet de l'endroit, et, morceau par morceau, finit par faire ùe dix, vingt petites exploitations, un domaine notable. Voilà le mode naturel, simpliste, si je puis ainsi dire, infiniment plus lent mais tout aussi infaillible que le mode classique à l'usage des sociétés financières; voilà le mode sous lequel la petite propriété individuelle, essayant d'~chapper à la ruine, mourra comme par un empoisonnement graduel, mais sùr.
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