La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

li8 LA REVUE SOCIALISTE L'établissement de la société C'stavant tout la proclamation de la justice avec les sanctions nécessaires pour en imposer à tous l'ot>servation. Du jour de cette proclamation l'homme sort de l'animalité, il entre dans la phase de la civilisatiun. En compensation de cette liberté absolue qui est le fait de l'homme et de l'animal sauvage, il va jouir de tous les bienfaits de la société, il pourra réunir ses efforts à ceux de ses semblables pour s'approµrier et dompter la nature et il acquerra par là une puissance incalculable. En réalité, il n'a jamais été conclu de contrat social, tel que nous le concevons théoriquement; les hommes se sont rassemblés en société, instinctivement, par besoin, sans bien définir les liens qui les unissaient, en s'inspirant tout d'abord des habitudes de la famille. Ils ont bien eu une certaine conception de la justice, mais ils ont été obligés de l'appuyer sur l'idée r~ligieuse pour lui donner une sanction et une origine susceptible d'étre comprise par des esprits grossiers. C'est qu'en effet l'établissement de la justice parmi les hommes est une tàche fort difficile; surtout si nous considérons que la justice véritable comporte l'égalité des droits, ce qui nécessiterait l'égalité de fait entrC' les hommes. C'est un état fort éloigné de celui de nature et même de l'état de famille. L'état de justice pour l'homme est absolument artificiel, c·est une création de son esprit comme une machine, un édifice; il n ·a jamais été réalisé exactement et nous sommes encore loin <l'y être parvenu!';. On prut dire que cet état de justice parfaite est la forme idéale de la société auquel elle tend sans jamais pouvoir l'atteindre entièrement(!). (1) On voit que nous sommes hien loin de l'opinion émise par Herbert Spencer qui considère la Société comme un organisme résultant du liure développement de l'espéce.Pour nous, nous croyoDHque du jour où !"homme a établi des lois, il s·est sépare de l'animalité et que la Sociéte est l'œuvre de sa raison et de sa libre volontê, qu'il a cessé d'être gouverné par les fatalitcs naturelles dont l'ctablissement de la société a eu pour but de l'affranchir de plus en plus. Il s'est soustrait tout d'ahord en grande partie à la concurrence ,·itale qui gou- ,·erne l~s especes animales et végétales, et tous ses efforts tendent a briser ces chaiacs que la uatul'e lui a imposëes. En ce poiut comme en beaucoup d'autres, H <loit triompher de la nature, qui n'oppose qu'une force brute et passive à une force intelligente et active. Une des conséquences de la manière de voir d'Herbert Spencer, c'est qu'il ne veut pas que la societé secoure les malheureux, on doit les abandonner à leur misère pour que l'impitoyable nature fasse son oflir.e de destruction. Pour i-tre conséquent avec lui-même, le philosophe devrait accorder a ces miaerables, les droi:s naturels primitifs, c·est-à-dirc de pourl'Oir à leur subsistance par

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