MOR.\LE R(PUBUCAIXE 175 En fait, les sociéti•s Grecque et Romaine se trouvèrent fondées sur lïnégalité df's classes, c'est-à-dire sur l'injustice. Aussi de nombreuses n\volutions se prodnisirent-elles, dès les époques les plus reculés. Mais Fustel de Coulanges nous en donne le rédt et nous fait voir comment l'empire romain naquit de la cité antique. L'autorité s'incarne en un seul homme, l'empereur; tous lui doivent obéis$ance, la famillo en tant que corps politique est détruite, les classes se fondent et disparais8ent en grande partie. L'empereur devient la source de toute justice, il fait le droit, il est le grand Pontife, le dieu vivant. Arrive le christianisme, qui donne à la morale et à la justice une origine toute divine et renvoie l'égalité à un monde meilleur; sur la terre chacun doit ac0epter le lot qui lui est échu, tous les biens et tous les maux viennent de Dieu, ceux qui nous gouvernent sont ses mandataires. Celui qui souffre de lïnj ustice dans cc monde sera récompensé dans l"autre. D'ailleurs, l'homme est un être déchu sans dignité ni droit; il doit accepter, sans murmurer, tout ce qui lui arrive.c'est la volont<'.dJe Dieu.L'idée de faire reposer la société sur l'existence d'un contrat mutuel est écartée plus loin que jamais; il n'est pas question de lois librement consenties, loin de là, toutes les lois ne doivent être que l'expression de la Yolonté divine et ce sont les ministres de la religion qui <lovi enLles établir. Le christianisme ne constitue pas moins un progrès considérable sur les anciennes religions, il reconnait l"égalité et la fraternité des hommes, il donne même la vrai formule de la justice : << Agis awc ton prochain comme tu voudrais qu'il agit avec toi-même.» Cependant nous Yerrons la religion ~ervir de prétexte à toutes espèces d'iniquités, on brùlera les hérétiques, le meurtre et le pillage couvriront des contrées entières. Ces excès paraissaient provenir de ce que les chrétiens s'attachaient plus aux formes extérieures de la religiou qu'aux préceptes de morale qu'elle enseignait, qu'ils regardaient le sa!ut éternel comme le but suprôme, les souffrances de la vie, la mort elle-même, comme fort accessoires et, enfin, l'homme Lui-même comme méprisable et M-chu. Joignons à cela la férocité des mœurs du temps et on comprendra cctle contradiction d'une religion de paix et de douceur provoquant les plus terribles persécutions et engendrant le fanatisme le plus cruel qui ait jamais rouillé l'humanité.
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