166 LA REVL'E SOCIALISTE ont pu profiter de l'enseignement et ne l'ont point faussé en leurs cerveaux. Votre colère contre les philosophes ou prétendus tels n'est que la marque de la déception d'un esprit désolé de ne pouvoir appuyer les réalités sur le mystère. Mais veuillez enfin vous rendre compte que cela n'est plus possible, en ce siècle de libre et inquiète recherche où tout fait se contrôle et s'analyse ; comprenez donc mieux votre temps et travaillez à lui donner des principes qu'il puisse accepter sans répugnance et sans ironie; songez donc que les enfants de six ans mêmes ne croient plus à Croquemitaine et savent d'avance ce que le petit Noël mettra dans leurs bottines, ayant écouté aux portes le devis de dépenses de plpa et maman. Recherchez, si cela vous amuse, l'initial comment et le final pourquoi des choses, mais basez votre recherche sur des réalités. Allez du connu à l'inconnu. mais ne trépignez pas comme un enfant à qui on refuse la lune, dès que le terrain manquera sous vos pieds. Demeurez idéaliste, certes; mais que votre pensée en s'élançant vers l'azur ne cesse de sentir ses racines profondément enfoncées dans la terre. L'idéaliste pur est un ballon qui flotte dans l'air au caprice des vents, tel l'Euphorion du second Faust; le matérialiste pur (j'entends le simpliste) est un animal dont le museau est sans cesse tourné vers le sol : Ayez les pieds dans la boue et le front dans les nuées, et vous serez véritablement grand. Soyez matérialiste en vous reportant par la pensée à l'animalité de votre origine, et soyez idéaliste en apercevant le premier, du haut de votre envolée, les aurores splendides qui illumineront l'humanité de demain. Cette doctrine de l'évolution, pour laquelle vous n'avez que répugnance, qu'est-elle, sinon la formule même de l'idéal! Evoluer, c'est désirer, c'est vouloir, c'est réaliser. Qui vous dit qu'en ses songeries rudimentaires, la limace n'aspire pas à trotter agile sur quatre vigoureuses pattes! Et qui oserait prétendre que ce vœu obstiné ne sera pas exaucé I Mais nous reviendrons quelque jour sur ce chapitre. Votre ennemi, votre pierre d'achoppement, c'est l'absolu. Vous qui n'êtes pas un simpliste, pourquoi tenez-vous pour l'absolu tout autant que Raphaël le catholique ou que Jacques le matérialiste? Est-ce que, hors de ces deux affirmations catégoriques, il n'y a plus rien? Quoi! point de place pour une vue précise des choses, et de leur relation entre elles et entre elles et nous! Prenons. par exemple, la thèse déterministe, ou plutôt fataliste, de M. Marécaux. Comment vous êtesvous contenté de la juger d'un mot : la prédestination, ne l'avez-vous pas appréciée à sa valeur, avez-vous consenti à passer outre ! Comment, d'autre part, vous a-t-il suffi de prendre en pitié l'usage absurde que fait de sa liberté M. de Saint-Avit, usage non moins absurde que sa définition métaphysique de la liberté, et n'avez-vous pas compris que
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