L' A~IE DE DE~IAIN 105 ,encore à bégayer ses formulations premières, sans que les initiés <.lel'Inde, de la Chaldée, de l'Egypte et de la Grèce y aient ajouté un mot. Un vent de réaction souflle parmi notre jeunesse pensante, à <.lésemparer les plus robustes. Et que font, devant l'orage, les conducteurs attitrés de la jeunesse? Rien. L'un d'eux, de grande élégance d'âme, trouve un charme littéraire à ce néo-mysticisme, essaye de calquer l'âme française sur l'âme russe, prêche qu'il faut croire et ne dit à quoi ; il a gagné à cet éloquent labeur ses palmes d'immortel. Un autre groupe la jeunesse, l'organise, la discipline matériellement, et lui crie : « Ton culte et ta foi, c'est ce qui t'entoure immédiatement, gen~, bêtes, logis et sol. Passée la frontière, finie la religion.» Un caporal en ferait autant. Un autre enfin, le plus grand de tous, refuse de compromettre sa grassouillette petite personne dans les poussées tumultueuses de foules -et d'idées. Ironiquement juché à califourchon sur une double échelle de bibliothèque. il domine le p1,ur et le contre, les oppose, les dose et les recompose en vérités synthétiques qui ne peuvent plaire à personne, parce qu'elles ne sont pas sottement uniformes et unicolores, mais tout en muance et en nuances ; il conclut toujours au triomphe du pour sur le contre; mais il approuverait tout aussi bien le triomphe inverse, le pour ayant pour envers et complément le contre, et celui-ci -celui-là. En sorte qu'en dernière analyse, c'est le malicieux sophiste qui triomphe. Je suis fâché cependant que ,·ous n'ayez. pas apprécié son mérite, car c'est après tout la bonne cause qu'il sert. Votre sévérité â son égard m'a chagriné aussi profondément que m'a réjoui votre jus:ice à l'égard du vieux drille à qui vous l'avez si légèrement apparié. Non, l'auteur de la Science de /'u1·venir, d'esprit si complexe, ne méritait pas d'être mis au plan de l'auteur de '.fe111t)'/'Ouvrière, ce lourdaud simpliste que sauve la légèreté d'un style incomparable. Le premier a fait des sceptiques, le second des jésuites. Certes, c'est un grand mal que de rendre sceptiques ceux qui n'appliqueront pas leur scepticisme à la science, mais à la conduite de lem vie ; mais est-ce bien la faute du maître si les élèves sont tels? Il s'adressa à l'âme française, éminemment simpliste; il le fit avec son don particulier, qui est une merveilleuse clarté d'exposition, précisément propre à attirer et à retenir les simplistes; ils crurent comprendre et formèrent la masse de ses suivants. Grave malentendu. Auguste Comte l'a heureusement évité, sans s'en douter : Sa pensée compliquée a été servie par une forme adéquate qui a été comme un premier obstacle opposé aux esprits inaptes et une première épreuve d'initiation pour les autres. Seuls ceux .qui l'ont surmontée, cette difficulté d'un style formidablement lourd et enchevêtrée, et ont pénétré dans ces massifs alinéas en persienne, composés d'une seule phrase tournant une page d'in-quarto, seuls ceux-là
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