La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

1G2 LA REVUE SOCIALISTE tions (point de vue qui se rapproche singulièrement du notre) sont exposés avec une clairvoyance parfaite. La liberté n ·est rien dans un état où le peuple souverain, si l'égalité n'y est qu·un vain mot étalé sur les murs comme une affiche de théâtre, que signifie la liberté politique pour celui qui n'a pas de pain? 11 y a entre ces deux termes une correspondance nécessaire, qui ne peut être détruite sans le plus grand dommage social. La liberté sans égalité a perdu les Démocraties antiq ucs, ainsi que les Républiques italiennes du moyen àge. c·est bien ce qu'avaient prévu les plus profonds pen~eurs de l'antiquité, Aristote et Platon. Nous ne citerons guère ce dernier, poète autant que -philosophe. Mais Aristote, l'esprit le plus rigoureux, le plus précis, nons dirions de nos _iours le plus scientifique de la Grèce et de Rome, a énoncé comme une loi première dans sa Politique, que l'égalité est la condition essentielle de ton té constitution durable et féconde. En dehors de !'Egalité, il n'y a plus que le despotisme et les Révolutions. Il a éclairé<< de lueuN effNtyantes » (selon l'expression de notre auteur) l'ave11irJe nos socil!tés contemporaines en proie à l'inégalité et aux convulsions qui en résultent. Moniesquien a confirmé la même nécessité de la médiocrité ei de l'égalité des biens. Les chapitres qni suivent, relatifs au luxe privé et au luxe public, aux plaisirs publics, à l'instruction du peuple, à la corruption, à l'alcool dans les Démocraties, sont à lire et à retenir, malgré une attaque assez peu justifiée contre les Théàtres. Le système des dettes publiques énormes que contractent les Etats est apprécié à sa triste valeur. 1<Les peuples <t deviennent la proie des rentiers; c'est pour eux qu'ils tra- « vaill<'nt et qu'ils sont privés du nécessaire; c'C:stla forme « nouvelle de l'esclavage. » Plus loin, M. de Laveleye professe qne la Démocratie ne peut exister sans l'appui des sentiments religieux. ?fous comprenons bien qu'un idéal de justice, de bonté, de frat<'rnité,.doit vivre et agir dans le cœur des citoyens d'un état démocratique, mais nous refusons de le suivre dans son admiration pour les religions actuelles, dont les dogmes puérils répugnent à la raison émancipée par les philosophes et les savants, et dont la morale de carrefour sourit à tous les des- .potismes qui passent. Les dernières pages du premier volume de l'ouvrage sont consacrées à l'étude de la séparation des pouvoirs et à l'organisation de la puissance exécutive. Les pouvoirs doivent être séparés dans une certaine mesure et autant que la pratique le permet. Nous voyons trop en France les inconvénients du système contraire où ce sont les ministres qui légifèrent et les

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