La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

DU GOUVERXE~IENT DAXS LA DÉ~IO<"R.\ TIE 161 donné libre carrière dans la crise Boulangiste, il n'est pas inutile de fixer notre attention sur les causes profondes d'un tel entrainement. C'est la lutte des classes qui conduit l't a conduit da1ts le µassé tant de gens vers cette lassitude de la liberté. Les riches, effrayés par les revendications égalitaires du peuple, souhaitent un pouvoir fort et protecteur. Les masses souffrantes, lasses de demander à la mau,·aise volonté des dirigeants les réformes svciales qu'elles désirent, sont prètes à confier la toute-puissance à un chef investi de leur confiance. Après les Yiriles agitations de la place publique, les peuples cherchent auprès du despotisme les douceurs du repos en même Lempsque la protection de leurs intérêts. ;--.;ousretrouvons ici comme partout l'éternelle, l'énigmatique question sociale, qui est au fond de toutes les difllcultés du temps présent. La résoudre, c'est résoudre du mème coup la plupart des problèmes menaçants dont notre civilisation porte la blessure, peut-être mortelle; c'est sauver la Démocratie des langueurs et des abdications de ce Césarisme teinté de Socialisme, que l'inégalité croissante des conditions nous imposera peut-ètre un jour, comme le redoutait Tocqueville. - « Je redoute, disait cet écrivain, qu'au sortir de t< ces agitations qui font vaciller tous les troncs, les souverains « ne se trouvent plus puissants qu'ils ne l'ont été. » Le livre YI, exclusivement consacré à l'étude des conditions générales n0cessaires à l'exercice fécond de la Démocratie, est un des plus suggestifs de l'ouvrage. Il contient une foule d'idées justes que l'on ne saurait trop recommander aux méditations de nos gouvernants. Le sympathique écrivain commence par développer d'une façon très intéressante une des thèses qui lui sont chères : c·est que la Démocratie a des origines bibliquE;>est chrétiennes. Les anciens prophètes Juifs, avec leurs âpres invectives conLre les riches et les rois, avec leur passion indomptée de la justice, leur flamme de révolte contre le mal matériel et moral, les premiers chrétil'ns pleins d'un esprit si touchant de fraternité l't d'égalité, les Réformés du seizième siècle, rudes combattants contre le despotisme politique ou religieux, lui paraissent avoir propagé dans le monde cette inquiétude, ce tourment du mieux qui anime tous les peuples civilisés de l'Occident. l'\ous sommes incompétents pour formuler une opinion motivée sur cc grave sujet : Il faudrait, pour se prononcer, une connaissance approfondie des civilisations antiques, de leur vie morale, de leurs idées. Les avantages de la Démocratie, entendue, comme fait Tocqueville, dans le sens d'une plus gr.rnde égalité des condiJJ

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