LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE? 153 l'accord,est la loi, que signifient ces établissements destinés à préserver de la brutalité de la lutte tous les faibles, aveugles-nés, sourds-muets, infirmes, malades, vieillards, etc.? Que signifient justice, pitié, solidarité? Les institutions et les lois de l'assistance sociale, dont le mécanisme a pu laisser à désirer aux diverses époques de l'histoire (v. Hubert Valleroux, Monnier, etc.), mais qui n'en est pas moins un fait qui illustre d'une manière éclatante le principe qui est la base de toute organisation sociale, ces institutions et ces lois sont un non-sens, si la lutte pour la vie régit les organismes sociaux, comme elle régit les organismes individuels. S'il en était ainsi, la réglementation de l'assistance devrait tendre à disparaitre de plus en plus à mesure que l'humanité devi.:nt plus consciente des lois de son évolution. C'est le contraire qui se produit. La très-louable préoccupation d'alléger les souffrances des malheureux condamnés fatalement à disparaitre, s'ils restent réduits à leurs seules forces sur le terrain de la concurrence vitale, a grandi avec la civilisation. C'est même aux époques de lutte les plus terribles que cette sollicitude s'est fait le plus jour. (Ex.: Révol11fio1F1rançaise). si nos ancètres sauvages des temps quaternaires, mangeaient leurs ennemis, si Sparte plus tard sacrifiait les enfants mal conformés en les jetant à l'Eurotas, cependant l'humanité, au fur et à mesure de ses progrès, a tendu de plus en plus, au moins en règle générale, a soustraire le réprouvé de la nature ou de la loi ou de la loi aux conséquences extrêmes de son infériorité. Les faits ne manqueront pas à l'appui. Je sais bien que Malthus a osé dire que les pauvres et les faibles n'ont droit à aucune place au banquet de la vie, que les secourir, c'est désobéir aux lois de la nature, et que « la justice et l'honneur nous imposent le devoir de désavouer formellement le prétendu droit des pauvres à être assisté. » (Essai sur le pr. de la pop.). Les malthusiens contemporains pratiquent le moral resfrei11t, c'est-à-dire l'abstention en matière de procréation. L'avortement est devenu une habitude pour plus d'une femme. L'économiste allemand Weinhold, disciple de Malthus et conseiller de régence en Saxe, a sérieusement proposé la castration d'un certain nombre d'enfants du peuple. Ses confrères en rirent, dit B. Malon (Ma1111edl'Eco11.Sociale), mais ne s'en indignèrent pas. Un docteur calédonien a proposé récemment la castration des criminels. Le docteur G. cité par Proudhon (Co11tr. Eco11.) a conseillé l'avortement; un philanthrope anglais, d'après Rossi, conseillait, sous le pseudonyme de Mercus, de soumettre les nouveaux-nés à une asphyxie sans doult:ur, pai11less extinction. On n'a pas encore poussé jusqu'à dire que. dans l'intérêt de la sélection, les pauvres et les faibles .qui n·ont point droit à l'existence, doivent être supprimés. On se borne à reconnaître que la nature se charge de la besogne et que la défaitei est d'ailleurs toujours méritée. Mais, si telle est la loi, pourquoi
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