La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUTTE OU ACCORD POt:R LA VIF.? 110 belle parole de d'Alembert, qu'une immense vérité, présentée ~ous diverses formes; il s'expliquerait par un axiome suprème, exprimé par des équivalents divers aux di ver~ stades de l'évolution. 2° Mais, s'il est inexact de n'attribuer aux êtres vivants en général et à l'homme en particulier que le mode animal de la lutte pour l'existence, il ne suffit pas de transform!r p)ur lui cette nécessité naturelle et éternelle en une coopération et une aide r.:ciproque, simples moyens de faciliter cette lutte. C'est présenter la lutte pour l'existence sous un aspect nouveau, rien de plus. li ne suffit pas non plus de montrer qu'il y a contradiction entre ce fait d'une guerre entre tous et cet autre fait que nul animal ne peut vivre isol~ sans succomber dans la lutte. Il faut pénétrer plus avant dans l'analyse de l'idée de société. Jusqu'ici nous avons seulement fait ob5erver que les darwinistes ont négligé un facteur de l'évolulion, dominateur de la concurrence vitale. Nous avons l'intention de montrer que l'accord, et non la lutte pour la \·ie. est lâ règle même des sociétés en général et des relations humaines en particulier: Que faut-il entendre en effet par société?« L'idée de société, dit M. Espinas (Sociétés A1ii111:ilts, p. 15j), est celle d'un concours permanent que se prètent pour une mème action des êtres vivants séparés... Une réciprocité habituelle de services entre activités plus ou moins indipendantes, voilà le trait caractéristique de la vie sociale», ajoutons de la vie sociale à tous les degrés. Cette association, cet âccord est la seule raison d'ètre de la société. En dehors de cette considération, il ne semble pas qu'on puisse trouver une justification quelconque à n'importe quel groupement, et toutes les constitutions ont pour but (l'histoire le prouve) de régler la conduite des unités d'un groupe donné,ea vue d'établir une action commune au point de vue moral, politique, économique. social, religieux, etc. On peut le dire même des sociétés partielles, politiques ou autres, destructives des sociétés plus vastes, nationales ou autres, au sein desquelles elles se sont formées. On peut le dire aussi des lois restrictives de la liberté naturelle et nous pouvons sans crainte écrire avec Léon Metchnikoff ( La Civilisation et les !(ra11ds ffeuues bis/onques, lntrod. ), (< la coopération, voilà la caractéristique principale de la vie sociale. Si, dans le domaine biologique, les êtres plus ou moins individualisés, de la cellule à l'homme, luttent pour l'existence ou pour quelque but égoïste et personnel, sur le terrain sociologique, au contraire, ils unissent leurs efforts en vue d'un intérêt commun. Peu nous importe si, en réalité, la coopération apparait souvent comme une conséquence nécessaire et logique de la· lÙtte pour l'existence, l'essentiel est que, en mème temps, elle soit tout aussi distincte du principe darwinien que l'est la concurrence vitale de la loi plus générale de l'attraction universelle. Qu'une ligu!

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