La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUTTE OU ACCORD POU!t L.\ Y!E Î 117 particulières qui s'organisent temporairement ou d'une manière permanente (migrations, familles, tribus, cités, poissons, oiseaux, castors, abeilles, fourmis, mammifères, etc.); mais bien un fait normal. constant, universel, qui ne s'explique pas seulement par l'action de facteurs psychologiques. Depuis les plu, bas d~grés de la série, depuis les colonies animales inférieures, jusqu'aux plus élevés, tous les êtres vivants se trouvent engagés à quelque moment de leur existence dans quelque société; tous les vivants sont appelés, par les nécessités biologiques, à soutenir des rapports multiples avec les existences qui les environnent, que ce commerce soit permanent ou transitoire, peu importe. « Au-dessous même des régions où les sexes sont distincts et séparés, on trouve encore quelques traces de vie sociale, soit chez les animaux qui demeurent, comme les plantes, attachés à une souche commune, soit chez les êtres inférieurs qui, avant de se séparer de l'organisme qui leur a donné naissance, restent quelque temps soudés à lui et incorporés à sa substance. » (Espinas, Soc. a11i111., p. b-9). On n'a qu'à ouvrir l'ouvrage que nous citons de M. Espinas et celui de M. Perrier sur les Colonies animales pour recueillir des milliers d'exemples. C'est donc que « le milieu social est la condition nécessaire de la conservation et du renouvellement de la vie.'> (Espinas.ibid.). Si du point de vue biologique même la loi d'accord domine la loi de concurrence, n'est-ce pas que la vie, qui implique nutrition et génération, n'est pas absolument égoïste, mais contient, au contraire, des éléments de sympathie et d'altruisme? C'est la thèse qui, après Littré, a été brillamment soutenue par M. Guyau (Idée d"u11emorale). En effet, si la vie, en tant que fonction nutritive, est une sorte de « gravitation sur soi », la vie, en tant que fonction de génération, qui débarrasse l'être d'un trop plein qui le gène, n'est pas seulement une dépense égoïste; elle est en même temps altruiste, puisqu'elle donne une partie de son être pour produire la vie. (Guyau.J Grâce à la génération, l'organisme individuel cesse d'être isolé; son centre de gravité se déplace par degrés, dans le passage de la génération asexuée à la génération sexuée ou amphigonie qui inaugura une nouvelle phase sociale pour le monde, en produisant un premier groupement des organismes, en créant la famille. (V. Guy au.) On peut aller plus loin et montrer que cette loi d'association est aussi la CO(lditionde la persistance de tous les ètres, quels qu'ils soient, dans la lutte pour l'existen..:e. En effet, les corps inorganiques les plus fortement assurés sont ceux qui résistent le plus aux choses qui tendent à l<!sdétruire. En d'autres termes, leur aptitude à la résistance est en raison directe de leur cohésion. Et cette analogie entre les conditions de l'existence dans le monde inorganique et les conditions de la conservation et du progrès de la vie dans le monde organique et superorganique, n'autorise-elle pas à conclure que ce facteur de l'évolu-

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