La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

14.6 LA REVUE SOCIALISTE chez les espèces supérieures. Réduire l'humanité surtout aux seuls modes de perfectionnement des espèces inférieures, c'est nier la supériorité des organes de l'homme sur ceux de la monère ou de la cellule. li y a erreur d'ailleurs, à considérer, même du point de vue physique, l'espèce humaine comme régie par les mêmes lois d'évolution que les espèces inférieures, puisque l'homme utilise les forces naturelles qui écrasent la basse animalité ; c'est encore plus faux au point de vue moral et intellectuel. li y a donc au moins une autre loi d'évolution qui domine la loi de la concurrence, c'est la loi d'association, encore plus indispensable que l'autre à la conservation et au développement des êtres vivants. M. de Lanessan (Tra11s/or111is111e), a parfaitement montré que l'accord pour la lutte est un facteur plus puissant que la lutte même. Et non seulement il y a nécessité pour tout individu de s'appuyer sur le concours d'autres individus pour vivre et faire vivre son espèce, sous peine de succomber dans la lutte, non seulement ceux-là seuls triomphent qui sont unis à d'autres par les liens d'une solidarité plus étroite, mais la force de l'association est d'autant plus grande que l'association a lieu entre individus de nature différente. La remarque est aussi vraie des groupes d'individus q uc des individus eux-mêmes. Les groupes d'individus ont également besoin du concours d'autres groupes. L'atrophie, le dépérissement, la mort est la conséquence du désaccord. Cette loi est applicable à tous les êtres, et non pas aux seuls êtres vivants. (V. Lanessan, Op. cil., p. 42 3-50; ). D'ailleurs, en fait, nul être vivant n'est seul. L'homme, d'abord, est, de nature, un animal sociable et même politique. Sans doute, cette sociabilité a un antagonisme, l'insociable sociabilité de l'homme, selon l'heureuse expression de Kant (Idée d'une Hist. 111tiverselle ai1 poi11tdt vue cosmopolitique), c'est-à-dire une perpétuelle réaction qui menace constamment les sociétés de dissolution. (V. Crit. pbil., t. XVlll, p. 276). Mais il n'est pas douteux qu'il doive d'avoir survécu, à son instinct de sociabilité, qui a contribué à développer ses facultés mentales. On ne saurait le nier. quand on sait sa faiblesse physique et quand on voit des races chétives, comme celles des Boschimans dans l'Afrique australe et des Esquimaux dans les régions polaires se maintenir encore dans des pays où la vie à tous égards est si rude. Darwin le reconnait (Descend., p. 65-66). li n'est pas, d'ailleurs, de peuplade, même parmi celles qui vivent de la vie la plus anarchique, où la guerre de tous contre tous soit la loi. Mais la vie en commun n'est pas un fait accidentel en propre à l'homme seulement. Elle est aussi propre aux animaux. Parmi eux, il en est chez qui cette association est consciente. Ajouto:is qu'elle n'est pas seulement le pridlège de ces espèces

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