14.1 LA REVUE SOCIALISTE fond continuer à jouer son rôle (V. Op. cit., p. 81 et suiv.) Hœckel luimème reconnaît que la lutte pour vivre, dans l'espèce humaine, devient de plus en plus une lutte intellectuelle, de moins en moins une bataille avec des ar,nes meurtrières (Créai. [J(at., p. 155). Il est vrai, remarque M. Rtnouvier (Crit. <?bil., t.Vl, p. 70-71), que(< ce sont là dés affirmations fondées sur l'espérance, et non des faits induits scientifiquement d'après l'expérience du passé, et que ceux qui regardent la guerre comme Je moyen essentiel du progrès dans le passé doivent, pour être logiques, confier la suite de nos destinées à l'action de la loi qui les a jusqu'ici dirigées dans le passé. » Mais allons plus loin. Un examen approfondi des choses nous laisse-t-il cette première impression d'un combat à outrance, désordonné, sans frein ni règle, où tous les combattants sont autant de frères ennemis, où le vainqueur d'aujourd'hui est destiné à devenir Je vaincu de demain ? Et seraitil possible que le progrès, c'est-à-dire la vérité et le bonheur, fût le but avec la bêtise pour cause et la force sous tous ses aspects (injustice, tyrannie. guerre, etc.) pour moyen? Ce spectacle d'un désolant pessimisme donnerait gain de cause à un Léopardi, à un Schopenhauer, à un Hartmann, à un Bahnsen; l'âme la plus courageuse perdrait toute foi, toute espérance, s'il ne fallait voir dans l'univers que cette affreuse mêlée d'êtres condamnés d'avance à périr tôt ou tard et à se faire une guerre éternelle. Mieux vaudrait l'extinction de la vie, l'anéantissement universel, le suicide cosmique, rêvé par une certaine méthaphysique allemande. Il y a, sans doute, des conflits perpétuels ; mais la description qu'on en peut faire, quelque désolante qu'elle soit, est une vue incomplète des choses. Dans la lutte entre les moutons et les loups, (<le triomphe est toujours assuré au loup; il est le plus apte, le plus fort, et des circonstances étrangères à ce fait ont sauvé les moutons d'une destruction complète. » (Contance, Op. cit., p. 4). Ce ne sont pas les avantages acquis dans les compétitions, accumulés au cours des âges, transmis par l'hérédité, qui ont empêché le moins apte de succomber, assuré mème son triomphe. Ce ne sont pas les espèces les plus puissantes des périodes paléontologiques (mammouth, migathérium, dinothérium), qui ont survécu. Certains oiseaux vigoureux, la dronte, le solitaire des îles Mascareignes, ont disparu. De même, de nos jours, les grands fauves, qui vivent isolés ou dans un isolement relatif, diminuent en nombre et reculent sans cesse. De même, parmi les races humaines, comme parmi les autres espèces, ce sont celles qui vivent solitaires ou par petits groupes, qui ont disparu ou sont en voie de disparaître. C'est en Afrique qu'on trouve le plus de vestiges de races d'hommes entièrement éteintes. De même, Australiens et Fuégiens disparaissent; la race Maorie n'est' plus qu'un souvenir; les
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