La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR L.\ VIE? 143 éloquence indignée. (V. Alph. Daudet: La Lutte pour la t•ù, Préf. - Cf. Stendhal: Rouge et Noir, - Hector Malot: Co11scie11uJ,11s/1ce, - Dostsiewski: Crime et Châtiment). Ainsi le dogme démontrable de la concurrence vitale, consacrant l'individualisme à outrance, l'égoïsme sans limites, a pris la place du dogme discutable de la chute. La vraie loi tragique du monde, la voilà. le livre de Darwin est devenu une nouvelle Bible: c'est au nom de la science qu'on justifie aujourd'hui l'écrasement des faibles. La nature nous est présentée par quelques-uns comme une puissance aussi détestable que le Jéhovah hébraïque. Ce n'est plus la mère. la consolatrice chantée par les poètes ; c'est plus qu'une « grande indifférente », plus,< qu'une nourrice mercenaire » (Guyau); c'est le Moloch éternel, c'est, selon l'énergique expression de Goethe, le monstre effroyable, toujours dévorant et toujours affamé. III. On ne saurait nier que l'histoire des espèces et de l'Humanité présente au premier aspect un tableau de leurs luttes pour conquérir une partie de l'espace et persévérer dans l'existence. La lutte pour la possession des femelles n'a pas été moins meurtrière que la lutte pour la nourriture et l'habitat. Puis la lutte sociale pout vivre, dit Lange (Ln. Q_!tesliOoJuLvrière), s'est compliquée de la lutte pour obtenir la meilleure place. Il y a plus : la bataille pour vivre qui, dans le principe, était, comme chez les animaux, limitée aux conditions extérieures de l'existence, a pris une extension de plus en plus vaste. li n'y a pas que la lutte physique, il y a la lutte morale, politique, scientifique, religieuse, etc. La loi de Darwin est incontestable. Mais est-ce la loi suprême des relations entre les êtres? Le tableau qu'on fait de ce point de vue est-il une image complète de la réalité ? La théorie du naturaliste peut être d'autre part considérée comme règlant le développement des êtres en tant qu'ètres vivants et réglant le développement des êtres en tant que molécules sociales. L'interprétation sociale qu'on donne est-elle juste f N'est•il pas visible au contraire que le caractère mème de la civilisation, c'est-à-dire l'évolution sociale, est de lutter contre cette loi, et, pour ainsi dire, de la nier, et que l'homme en particulier, quelle que soit son origine, a apporté un principe nouveau de progrès, qui fait graviter son espèce dans un sens opposé à la nature animale : la loi <le justice, de charité, de solidarité? (\ •. Cnt. Pbil. t. XVII, p. 44). M. Bagehot imagine une époque future où les peuples devront leurs progrès à d'autres moyens que la guerre, quoique la guerre puisse au

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