HO LA REVUE SOCIALISTE La politique colonisatrice n'agit généralement pas, en réalité, au nom d'un autre principe, quand elle impose sa domination aux races dites inférieures, par le massacre, l'expropriation, l'exploitation ou l'abrutissement. Ils sont rares les peuples dont on peut dire ce qu'écrivait naguère un explorateur de la colonisation danoise au Groënland (V. Tour dn Mo11de, année 1890). Au contraire, un homme dont la ferveur chrétienne a fait tout le renom, dit Karl Marx (Capital, p. 336, édit. fr.), s'exprime ainsi sur la colonisation chrétienne : « Les barbaries et les atrocités exécrables perpétrées par les races soi-disant chrétiennes, dans toutes les régions du monde et contre tous les peuples qu'elles ont pu subjuguer, n'ont de parallèle dans aucune autre ère de l'histoire universelle, chez aucune race, si sauvage, si grossière, si impitoyable, si éhontée qu'elle fût. » (V. Howitt, Colo11i{ationa11d Cbristianity. - Cf. Ch. Comte, Traité de la Législatio11). L'histoire de l'administration coloniale de la Hollande au dix-septième siècle déroule, écrivait en 1817 un ancien gouverneur anglais de Java, (( un tableau de meurtres, de trahisons, de corruption et de bassesse. qui ne sera jamais égalé. » li l'a été, n'en déplaise à !'écrivain anglais, par l'Angleterre elle-même. Et ne peut-on pas lui crier aussi sur ce point : De tefabula 11arat11r. C'est encore au nom de la nécessité naturelle de la lutte pour la vie étendue jusqu'à l'homme en société qu'on justifie les injustices et les inégalités sociales. L'arrêt cruel de Malthus, si souvent cité par les socialistes, est bien connu : Un homme qui est né dans un monde déjà po,sédé, s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement leur demander, et si la société n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture et, en fait,il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert vacant pour lui. Elle lui commande de s'en aller, et elle mettra ellemême promptement se; ordres à exécution,s'il ne peut recourir à la compa~sion de quelques-uns des convives du banquet. Si ces convives se serrent et lui font une place, d'autres intrus se présentent immédiatement, demandant la même faveur. Le bruit qu'il existe Elesaliments pour tous ceux qui arrivent remplit la salle de nombreux réclamants. L'ordre et l'harmonie du festin sont troublés, l'abondance qui régnait auparavant se change en disette, et le bonheur des convives est détruit par le spectacle de la misère et de la gêne qui règnent dans toutes le, parties de la salle. et par la clameur importune de ceux qui sont justement furieux de ne pas trouver des aliments sur lesquels on leur avait appris à compter. Les convives reconnaissent trop tard l'erreur qu'ils ont commise, en contrecarrant les ordres stricts, à l'égard des intrus, donné par la grande maitresse du banquet, laquelle désirant que tous ses hôtes fussent abondamment pourvus et sachant qu'elle ne pouvait pourvoir un nombre illimité de convives, refusait humaine-
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