138 LA REVUE SOCIALISTE II La lutte pour la vie est une loi incontestable. L'expérience de tous les jours Je prouve. Sans doute, le champ de ces rivalités n'offre pas Je spectacle d'une mélée universelle, d'un conflit désordonné de tous les êtres indifféremment. Si l'homme a le triste privilège ou est dans la triste nécessité de disputer la place et la subsistance sur presque tous les points du globe à presque toutes les puissances inorganiques ou organisées, les compétitions des êtres sont généralement limitées, restreintes par des causes diverses, qui font que toutes les espèces ou tous les individus qui composent ces espèces ne sont pas les uns aux autres autant d'armées ou de frères ennemis. Ainsi, il y a restriction relative des luttes par le fait de la limitation des domaines et par le fait de l'interposition des obstacles matériels. Outre ces causes. extérieures à l'être, on peut signaler des causes dépendantes de la constitution de l'être : la neutralité résultant de la différence des. régimes et des attributions alimentaires et la neutralité résultant de l'appropriation de la structure au régime tV. Contance, Op. cil.). Seulement une bat1ille, qu'elle soit confuse ou réglée, n'en est pas moins une bataille, une lamentable réalité. Providentielle ou non, la lutte est pour tous les êtres vivants une nécessité fatale, un fait qu'on ne saurait mettre en doute. On verra que ce n'est pas la loi supréme de l'évolution des étres. Est-ce la loi suprême de la vie et des. relations sociales? On soutient que cette loi biologique est la formule dernière de la sociologie. M. Alexandre Dumas tLettre à G. Boyer, Petit joumal, suppl. litt., 1er août 1890), dit que les mots n'ont pas la puissance qu'on leur attribue souvent. La fortune extraordinaire de la formule de Darwin lui donne un éclatant démenti. Elle a mème été telle que l'interprétation du naturaliste ne suffit plus à certains esprits. Comme l'expépérience des temps présents prouve qu'à bien des égards les conditions de l'existence n'ont pas cha?1gé, on exploite, au profit d'un intérêt, d'une ambition plus ou moins louable, la théorie du naturaliste : on proclame que la concurrence est universelle à tous les degrés et dans toutes les formes de l'existence, du minéral à l'homme en société. Darwin considérait la loi de la concurrence vitale comme une loi de l'évolution organique et non comme une loi sociale. On l'a appliquée à la philosophie de l'histoire et on y a vu la formule du progrès. Laissez faire, laissez passer, disaient et disent encore beaucoup d'économistes. Au sein de la libre concurrence, les plus habiles triompheront. Le but des sociétés humaines, le plus grand bien général est réalisé
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