La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE? 13ï les animaux, dont les espèces se multipliant sans cesse, varièrent à l'infini les phases de la bataille; enfin descendit dans l'arène le lutteur le moins armé en apparence, et, en réalité, le plus terrible, l'homme. Les phases, les modalités diverses des luttes que soutiennent les ètres pour la conservation de la vie ont été décrites par M. Contance avec une grande abondance de détails (Op. cit., p. 384-487). li distingue quatre puissances en présence dans les luttes pour l'existence : les forces inorganiques, la plante, l'animal, l'homme. Chacune d'elles combat les adversaires de même nature qu'elle et lutte aussi contre les autres puissances. Les forces inorganiques luttent les unes contre les autres et contre la plante, l'animal, l'homme. La plant.: lutte contre la plante, l'animal, i'homme, les forces inorganiques. L'animal lutte contre l'animal, la plante, l'homme, les forces inorganiques. L'homme lutte contre l'homme, la plante, l'animal, les forces inorganiques. « Chacune des puissances dont nous parlons agit de différentes ma• nières, ou plutôt les conséquences du conflit varient. Tantôt c'est l'élimination du vaincu, tantôt le partage de l'objet en litige, tantôt enfin la suppression radicale de l'un des adversaires. » Les faits se présentent d'eux-mêmes à la pensée. Cette bataille a lieu sans intermittence, sans trève. en toute saï· son, jour et nuit. (V. Contance, Op. Cit.). Il n'est pas nécessaire non plus, pour nos conclusions, d'inventorier, après M. Contance, l'arsenal des engins de guerre, des armes offensives ou défensives dont disposent les divers êtres vivants dans les luttes qu'ils ont à livrer pour l'existence. Ces engins sont si variés et si nombreux qu'il semble que la loi suprême soit renfermée dans cette maxime d'un sceptique : <( Armez-vous les uns contre les autres. » Dans cette lutte des êtres vivants contre les forces inorganiques et des vivants entre eux, en dépit de ces compétitions terribles pour l'espace et la subsistance, la vie n'a point disparu; elle est jusqu'à nos jours sortie triomphante. Mais au prix de quels sacrifices ! Que d'hécatombes I Que de victimes des éléments, qui, vaincus sur un point et en un sens, l'emportent ailleurs et d'une autre manière sur la plante, l'animal et l'homme! Que de flores et de faunes, d'espèces végétales et animales éteintes ou en voie de s'éteindre! Que de races humaine~ dont on ne connaît plus ou dont on ne connaîtra bientôt plus que le nom ! L'histoire de la vie ainsi envisagée apparait comme le martyrologe de la vie, un martyrologe où les bourreaux sont à leur tour des victimes.

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