La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

136 LA REVUE SOCIALISTE aucune cause extraordinaire de destruction n'intervenait, à être tellement nombreux, que les aliments leur feraient défaut. Il n'est pas nécessaire de rappeler les chiffres donnés plus haut pour confirmer la conclusion del' économiste anglais, acceptée par Darwin et ses disciples. La subsistance est donc relativement rare, par conséquent très disputée. « Attendre est impossible. La vraie lutte pour l'existence, la lutte ardente, implacable, la voilà; La faim et l'amour, dit Schiller, sont les deux ressorts du monde, mais la faim J'emporte, car elle est de tous les âges et de toutes les heures. » (Contance, id.). Tout être prétend à la subsistance, parce que être c'est tendre à persévérer dans l'être, parce que tout être qui vit tend à vivre. li n'est pas d'instinct qui prime pour tout vivant l'instinct de vivre, de réclamer sa place au banquet de la vie. Cet instinct apparait même comme un droit fondamental entre tous. C'est à tort que Malthus, J.-B. Say et autres économistes protestent. Tout être qui vit, prétend, à bon droit, à la subsistance, et, comme elle est rare, il en résulte un antagonisme sans fin. En résumé, par suite de la rapidité d"une multiplication indéfinie dans un monde où l'espace et la subsistance sont limités et manqueraient bientôt, si la plupart d~s individus ne succombaient pour une raison ou pour une autre, les espèces vivantes se rencontrent pour se disputer la place et l'aliment. (< li n'y a pas de droit du premier occupant, en présence de cette nécessité inéluctable de croitre et de multiplier. Pour croitre et multiplier, il faut donc détruire; la mort est le ferment de la vie. » (Contance, op. cil.). Et cette bataille pour la vie n'est pas, dans ces conditions générales, une phase nouvelle des vicissitudes de l'existence. Elle a commencé avec la vie même. Avant l'apparition des êtres vivants, les forces inorganiques présentaient sans doute, comme de nos jours, Je spectacle de choses analogues. Les éléments luttaient entre eux, comme de nos jours une roche isolée des falaises, par exemple, lutte contre les vagues qui la frappent, les galets qui la heurtent, la pluie qui l'use, les lichens qui rongent sa surface, les animaux qui la creusent, la foudre qui la fend, les arbustes qui élargissent ces fissures, etc. Ce sont autant d'agents ennemis contre lesquels elle a à se défendre. Maisc'est seulement quand la température du globe s'est abaissée et que la vie a paru sur la terre, que la véritable concurrence vitalt> a commencé, san$ préjudice du conflit des éléments inorganiques. D'abord l'être vivant a Jù compter avec ces puissances aveugles, conquérir péniblement la place et la subsistance dont il avait besoin pour croitre et se multiplier. Puis il est entré en hostilité avec ses semblables. C'est d'aborJ au fond des Océans, où apparurent les premiers organismes, que la lutte se livra. Quand la surface du globe se fut solidifiée, la lutte ne fut pas moins ardente, la mêlée grandit en raison du nombre accru des combattants. D'abord arrivèrent les plantes, bientôt

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