132 LA REYl.!E SOCIALISTE Analysons le fait de la lutte pour la vie. Cherchons-en d'abord les causes. La lutte pour la vie est universelle. Le champ de bataille est vaste comme le monde habitable, tout être, dès le début de son -:xistence (même lorsqu'il est à l'état de germe), livre des combats pour l'existence. Sous l'impulsion des seules lois mécaniques du développement, il a nécessairement à lutter dès son origine contre la nature entière, à peu près constamment contre l'ensemble des conditions d'existrnce que lui fait le monde inorganique, contre les forces physico-chimiques, la température, les intempéries, et autres influences comprises sous le nom de climat, très souvent et directement contre les êtres vivants dont il est l'élément naturel ou qui vivent à ses dépens. La lutte pour l'existence, avons-nous dit, résulte de la rapidité avec laquelle tous les êtres organisés tendent à se multiplier. Darwin applique à tout le r~gime végétal et à tout le règne animal la doctrine de Malthus. Malthus essaie de démontrer que la population du globe tend à s'accroitre en moyenne (comme toute espèce vivante), suivant une progression géométrique, dont la raison est exprimée par le nombre des enfants qu'une mère peut engendrer dans le cours de sa vie, - tandis que les moyens d'existence augmentent seulement suivant une r,rogression arithmétique. Or, dit Darwin (Orig. dts esp., p. iO, Cf. Hœ.:kel), « il n'y a aucune exception à la règle que tout ètre organisé se multiplie naturellement avec tant de rapidit.:, que, s'il n'est détruit, la terre serait bientôt couverte par la descendance d'un seul couple. » Il en est qui, donnant leur vie, engendrent des milliers <legermes: quelques pois~ons contiennent des millions d'œufs. Pour eux, la loi de Malthus se vérifierait plus rigoureusement encore que dans re,pèce humaine, considérée isolément, car ils ne créent pas, comme l'hom·ne, de nouveaux moyens d'existence, Le calcul, prenant ces faits pour point de départ, a établi que si les organismes ob~issaient librement aux lois de leur propagation, l'espace manquerait vite, car une seule espèce, multipliée sans pertes et sans obstacles, aurait rapidement envahi la terre entière. Linné a calcul~ que, si une plante annuelle produisait seulement deux graines donnant naissance à deux rejetons, et ainsi de suite, elle aurait produit en vingt ans un miliion d'individus. D'après Bossuet et d'autres naturalistes, si, pendant un été, les fils et les petits-fils d'un seul puceron arrivaient tous à bien et se trouvaient placés à côté les uns des autres, à la fin de la saison ils couvriraient environ quatre hectares de terrain.
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